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Cinéma

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L'Institutrice (Haganenet)

(Israël – 2014 - 2 heures)

Réalisation : Lapid Nadav - Scénario : Nadav Lapid - Photographie : Shai Goldman – Son : Marina Kertez – Décor : Miguel Merkin – Montage : Era lapid – Musique : Chopin - Production : Talia Kleinhandler, Osnat Handelsman, Société Pie Films – Distribution : Société haut et cours
Interprétation : Sarit Larry (Nira, l’institutrice) - Avi Shnaidman (Yoav) enfant acteur – Lior Raz ( le mari de Nira) – Yehezkel Lazarov (le père de Yoav) – Avishag Kahalani (la nounou de Yoav) – Hamuchtar (le professeur de poésie) –Ester Rada (Miri) – Guy Oren (Assi)
Auteur :

Nadav LAPID est né en 1975 à Tel Aviv dans une famille d’artistes. Après des études d’histoire et de philosophie, il travaille comme journaliste sportif puis se tourne vers le cinéma. Il réalise 3 courts-métrages, est sélectionné en 2008 par la Cinéfondation (France) et profite ainsi d’une bourse et d’une aide à l’écriture d‘un scénario. Il reçoit 3 prix pour « Le policier » en 2012. L’institutrice est son 2nd long métrage – nommé à la semaine internationale de la critique 2014.

Résumé :

Une institutrice d’école maternelle très sensible aux mots, à la recherche de la poésie découvre chez un de ses élèves Yoav, 5 ans, un don inné pour cet art. Elle se sent investie de la mission de protéger ce « Mozart de la poésie » malgré sa vie de famille, le père, l’oncle et la nounou de l’enfant. De captivée par le génie de l’enfant, elle le capte littéralement.

Analyse :



Lapid continue, après «Le policier », sa vision de la société israélienne actuelle en développant l’idée de poésie comme antidote aux valeurs matérialistes et vulgaires de la société. Par ailleurs, il souhaite montrer que l’art cinématographique peut traiter d’un autre art, ici la poésie et s’appuie sur une expérience autobiographique : entre 4 et 7 ans, il a écrit 117 poèmes qui, retrouvés, seront ceux dits par Yoav.

Ce drame fascine ou dérange pour plusieurs raisons : la construction en tableaux multiples qui se bousculent sans liens apparents, avec des scènes en parallèle ou en miroir, et des éléments récurrents - la caméra a son propre rôle - les personnalités d’adultes autour de l’enfant (radicale jusqu’au dérapage, insensible, défaitiste) - l’enfant lui-même si seul bien que non isolé – les lieux à l’esthétique froide (appartement, école et hôtel), ou contrastés (la ville occidentale de Tel Aviv et la route du désert) –

L’atmosphère est tendue, triste aussi, voire inquiétante d’autant plus que le propos « être poète dans notre monde, c’est s’opposer à la nature du monde » est porté par une institutrice au visage de madone et un bambin mignon - la musique de Chopin (école) s’oppose à la musique actuelle techno et bruyante (appartement, boîte de nuit) -

De plus, Lapid propose, donc, sa vision de la société israélienne actuelle via les propos de Nira, mais aussi ceux de son mari ainsi que les chants des enfants et leurs gestuelles d’une réelle violence. Il donne l’impression d’un piège pour l’individu sans possibilité pour lui d’être autre chose qu’un citoyen d’un pays petit, jeune et en guerre et conclut son travail par une formule désenchantée « il n’y a pas moyen de gagner contre l’air du temps »

F.de Tienda