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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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L'Opéra

(Suisse/France – 2017 – 110 minutes)

Réalisation : Jean-Stéphane Bron – Photographie : Blaise Harrison - Montage : Julia Lena- Son : Etienne Curchod, Jérôme Cuendet – Production : Bande à part - Distribution : Les Films du Losange
Interprétation :
Auteur :

Né en 1969, il est diplômé de l’ Ecole cantonale d’Art de Lausanne. Brillant documentariste suisse, il a réalisé Le Génie Helvétique en 2003 (consacré à une Commission parlementaire sur le génie génétique). Puis une reconstitution remarquée et appréciée de la crise financière de 2008 avec le procès Cleveland contre Wall Sreet (2010). Enfin son précédent film était centré sur un député appelé le « Le Pen suisse », L’expérience Blocher (2013). Son goût le porte vers le politique vu à travers les institutions, qu’il aborde avec une grande pertinence…discrète. Œuvre gratifiée de nombreux prix et distinctions.

Résumé :

On dit que c’est un documentaire sur les coulisses de l’ Opéra de Paris, mais c’est un peu court. C’est plus que ça ! Passant de la danse à la musique, le film ne se contente pas d’anecdotes plus ou moins croustillantes, ou de portraits d’artistes. Il présente surtout une analyse d’un microcosme culturel, dont il montre les rouages politiques, économiques, sociaux et humains.

Analyse :



Avec brio et vivacité, le cinéaste nous donne sa vision de la maison dirigée par Stéphane Lissner (une référence dans le monde de l’opéra, successivement directeur du Festival d’Aix, du Théâtre des Bouffes du Nord, et surtout de la Scala de Milan). On le voit à la fois comme responsable artistique des programmes, aussi bien pour la danse que pour l’opéra, mais aussi dans son rôle de chef d’entreprise expert dans l’art de prévoir les conflits sociaux, de gérer les annonces de grèves (angoisse devant les annulations possibles !) et de veiller aux bonnes relations avec les syndicats et le ministère de la Culture. Le début du film est spectaculaire dans tous les sens du terme. Musique de fond : l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner, ponctuée de longs travellings et culminant (pour ainsi dire) avec la montée du drapeau tricolore sur le toit de l’Opéra Bastille ! Plus tard, la caméra de l’opérateur s’invite dans une réunion où sont évoquées les questions de financement et du prix excessif (déploré par Lissner) du billet d’entrée.  La force convaincante du film est de tenter de tout montrer, sans rien oublier, de la gestion au sens général et de la vie des artistes en plein travail de répétitions. Ainsi, la passionnante séquence de la mise en scène de Moïse et Aaron (Schönberg), où nous assistons au  transport sur scène d’un énorme taureau au poil frisé, et à la répétition des chœurs (plutôt complexe et difficile) sous la direction du sympathique chef d’orchestre Philippe Jordan (fils du célèbre Armin…). Le problème lié au départ forcé de Benjamin Millepied, directeur de la danse, est évoqué. On passe de la préparation d’autres opéras (dont Les Maîtres Chanteurs) à la vision de belles danseuses en tutu s’avançant sur la scène, ou aux préparatifs de récital du très jeune baryton russe Micha Timoshenko, dont la voix est formidable. Sans parler de l’existence de la petite école de violon réservée à de jeunes enfants de classes défavorisées.

Plaisir des yeux et des oreilles le film est un condensé de vie, un document à la fois concret et lyrique. Il donne au genre documentaire sa raison d’être, dans un monde « ondoyant et divers ». 

Alain Le Goanvic