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Cinéma

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L'amour en URSS (Lioubov v SSSR)

(Russie – 2013 - 89 minutes)

Réalisation : Karen Chakhnazarov - Scénario : Evgueni Nikichov, Sergueï Rokotov - Décors : Lioudmila Koussakova - Musique : Konstantin Chevelev - Production : Mosfilm. Distribué par Baba Yaga films
Interprétation : Alexandre Liapine (Sergueï), Lidia Miliusina (Liouda), Egor Baranovski (Stepan), Ivan Koupreenko (Kostia), Armen Gjigarkhanyan (le grand-père).
Auteur :

Né en 1952 à Krasnodar (est de la Russie), Karen Chakhnazarov est réalisateur, producteur, scénariste, écrivain. Il dirige depuis 1998 les studios Mosfilm. Diplômé de la prestigieuse école de cinéma de Moscou Vgik, il réalise ses premiers films dans les années 1980, notamment Nous sommes du jazz (1983), Soir d’hiver à Gagra (1985), La fille américaine (1995)... En 2008, il produit l’Empire disparu, dont L’amour en URSS est une seconde version, et en 2009, il adapte une nouvelle de Tchekhov, La chambre numéro six. En 2012, son Tigre blanc a représenté la Russie aux Oscars.

Résumé :

A la rentrée universitaire de 1973 à Moscou, Sergueï, 18 ans, tombe amoureux d’une de ses camarades de classe, Liouda qui devient sa petite amie. Ouvert à la littérature et à la musique il s’ennuie pendant les cours de marxisme-léninisme et aime retrouver ses amis, Stepan et Kostia, ou aller danser et écouter les disques des Beatles. A la suite de plusieurs manquements de sa part, Liouda se tourne vers Stepan. La mère de Sergueï tombe malade et est hospitalisée.

Analyse :



C’est un vrai film russe des années 1970 qu’a réalisé Karen Chakhnazarov, sentimental et émouvant, qui dépeint, au-delà d’une banale histoire d’amour, une société relativement sereine mais attirée par l’Occident. La facture est très classique, sans effets spéciaux ni technologie moderne, le rythme paraît lent et la musique suave de Chevelev rappelle celle des films très populaires à la même époque de Riazanov. On est sous l’ère Brejnev, appelée de « stagnation » par les historiens mais que les Russes les plus âgés se rappellent encore avec plaisir comme une période de mieux être matériel. La reconstitution est soignée et l’on sent que Karen Chakhnazarov s’est amusé à recréer cette URSS pétrie d’idéologie, qui lorgne vers les attraits capitalistes, à travers le rideau de fer. Dans les rues, sont placardés des slogans à la gloire du socialisme, que plus personne ne semble voir, des tableaux d’honneur ornent le hall de l’université. Le professeur de marxisme rappelle qu’: « on ne plaisante pas avec l’histoire du parti ». L’URSS soutient le Vietcong contre les Etats-Unis, dénonce le coup d’Etat « fasciste » au Chili et Vladimir Vyssotski joue Hamlet à la Taganka. Mais le jeune Sergueï Narbekov est un étudiant comme les autres qui drague les filles, boit avec ses copains et achète Les Beatles ou les Rolling stones au marché noir. Et lorsqu’il emprunte « Le maître et Marguerite » de Boulgakov à la mère de Liouda, on sent poindre chez le réalisateur une certaine nostalgie pour cette époque, pas très ancienne, d’avant la société d’hyperconsommation et le capitalisme sauvage, plus policée et moins superficielle.

Françoise Wilkowski-Dehove