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Cinéma

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L'effet aquatique

(France/Islande - 2016 - 1h39)

Réalisation : Anspach Solveig - Scénario : Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget ; Isabelle Razavet - Montage : Anne Riegel - Distribution France : Le Pacte
Interprétation : Samir Guesmi (Samir), Florence Loiret-Caille (Agathe), Philippe Rebbot (Reboute), Didda Jónsdóttir (Anna), Frosti Runólfsson (Frosti)
Auteur :

Solveig Anspach (1960-2015), mère islandaise et père étatsunien, étudia en France le cinéma (Fémis, section réalisation,1990) et y vécut depuis. Elle succomba l'été dernier à une récidive du cancer sujet de son premier long métrage, Haut les cœurs ! (1999), César du meilleur premier film. Son film le plus récent avait été Lulu femme nue (2013), après Queen of Montreuil (2012), Back Soon (Skrapp ut, 2008), Stormy Weather (2003), films empreints d'un humanisme délicat exprimé souvent en comédie douce-amère. L'effet aquatique a remporté à Cannes le prix de la Quinzaine des réalisateurs.

Résumé :

Agathe est maîtresse-nageuse à la piscine Maurice Thorez de Montreuil, Samir grutier du voisinage ; séduit par son fort caractère, ce bon nageur s'inscrit, pour la courtiser, à son cours de natation et, démasqué, la poursuit jusqu'en Islande sous d'autres prétextes et inventions. La gentillesse des autochtones du Grand Nord fera-t-elle fondre la glace ?

Analyse :



Voilà un film rafraîchissant – et ce n'est pas à cause de l'Islande ! Une comédie pleine d'humour et de tendresse, où l'on rit sans méchanceté, et qui projette aussi quelques rais de lumière enjouée sur des sujets sombres de notre temps. Le contraste entre la minuscule Agathe, sèche et raide comme une allumette, et ce gros ours de Samir, pataud mais déterminé, est le principal ressort comique et psychologique du film. L'un courant après l'autre, ils se retrouvent à un congrès international où Samir s'assied dans le siège du délégué israélien. Venu son tour de parler, l'Arabe de Montreuil invente une histoire de piscine israélo-palestinienne (le projet 'Ensemble' qui donne au film son titre international The Together Project) et reçoit un tonnerre d'applaudissements.

La réalisatrice sait multiplier les personnages secondaires (pour la plupart joués par de fidèles compagnons de tournage) et les situations accessoires pour relancer et surprendre notre intérêt et notre amusement : la rebuffade initiale du dragueur de bistro ; le directeur de piscine aussi roublard que flemmard, mais que son manque de finesse ne mène jamais loin ; son acolyte du vestiaire, aux propos sentencieux et déroutants ; Anna et Frosti, duo islandais d'élus locaux qui alternent entre eux, jour pair ou jour impair, responsabilité et (in)subordination ; les douches islandaises, ou encore Krummi, grand adolescent dont la mère peine à contenir les emballements ; etc. La confrontation (non certifiée conforme) des mœurs islandaises aux nôtres va de l'hygiène corporelle au gavage ansérin. Le rythme est soutenu, l'invention heureuse, et le dosage bien mesuré.

De la tendresse, des contrepieds, de l'exotisme, et de superbes paysages qui nous emmènent pour finir dans un lac géothermique où une épaisse vapeur permet aux baisers de retrouver leurs vrais destinataires.

Jacques Vercueil