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Cinéma

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L’exercice de l’État

(Belgique / France - 2011- 1h52)

Réalisation : et scénario : Pierre Schoeller – Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba – Direction photo: Julien Hirsch – Montage : Laurence Briaud- Son : Olivier Hespel – Distribution : Diaphana
Interprétation : Olivier Gourmet (Bertrand de Saint-Jean), Michel Blanc (Gilles), Zabou Breitman (Pauline), Laurent Stocker (Yan), Sylvain Leblé (Martin Kuypers), Didier Bezace (Woessner)
Auteur :

Après l’excellent Versailles distribué en 2008 (Cannes, Sélection Un Certain Regard), Pierre Schoeller est encore sélectionné à Cannes en 2011, au milieu d’une remarquable programmation d’Un Certain Regard. Il obtient le prix de la Critique Internationale. Sa carrière précédente consiste surtout à être scénariste (Carmen de JP Limosin) et/ou dialoguiste (La vie rêvée des anges d’Éric Zonca), ou encore ingénieur du son.

Résumé :

Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il se rend sur les lieux, c’est son devoir de ministre. Ainsi commence l’histoire d’un homme d’État dans un monde hostile, où tout semble une affaire de communication avec les medias et les autres ministres du gouvernement.

Analyse :



Cela pourrait s’appeler ‘ Grandeur et Servitude ‘ d’un homme englué dans l’exercice du pouvoir, en France, de nos jours, au sein d’un gouvernement de droite où aucun personnage ne ressemble à ceux que l’on connaît dans la réalité. C’est d’ailleurs une qualité de ce film, plutôt un thriller qu’un traité politique, de l’aveu même du réalisateur. On lui en donne acte : ce n’est pas Francesco Rosi ; ni Elio Petri, ni même Yves Boisset. Salué par la critique, il est vrai que L’exercice de l’État est bien plus attractif que le médiocre La conquête de Xavier Durringer, présent aussi à Cannes (Sélection Hors Compétition). Beaucoup de brio dans le montage et dans certaines séquences impressionnantes : le prologue cauchemardesque et érotique ; le spectacle du car accidenté dans la neige et les victimes ensanglantées ; l’accident de la voiture de Saint-Jean sur un tronçon d’autoroute, non ouvert à la circulation. Deux hommes tiennent leur rôle magnifiquement : Olivier Gourmet, grande classe, grande gueule, finalement attachant, en dépit de son utilisation outrancière du portable ; Michel Blanc, méconnaissable et bouleversant dans son costume de fonctionnaire « au service de l’État », qui s’enivre des discours d’André Malraux. Ils sont tous deux en représentation devant la caméra. Ils s’acquittent de leur tâche, mais quelle tâche ? Que retenir de cette succession de sketches sur la privatisation des gares, la préoccupation de Saint-Jean de trouver une circonscription (il risque de sauter et donc cherche à se caser), les réunions chez le Premier Ministre, assez ridicule avec ses vœux pieux et son obsession libérale… ? Saint-Jean a un accident très grave, où son chauffeur intérimaire silencieux (remarquable Sylvain Leblé) est la victime. Depuis le début du film, on se demandait quelle était sa vision politique, et surtout son éthique personnelle. Le jeu extraverti et nerveux de l’acteur révèle qu’il n’y a pas grand-chose derrière. Ainsi, après l’accident, on le voit sur son lit d’hôpital, entouré comme un grand personnage et visiblement satisfait. Mais cela a-t-il changé quelque chose dans sa vie ? Rien, il se couche devant le Premier Ministre et accepte de « privatiser les gares », il ne prend pas de distances par rapport à son métier. Finalement nommé aux Affaires Sociales, il repart comme en 40, et il perd son fidèle Gilles, évincé par le Président lui-même.
Il nous reste heureusement la musique électronique, composée par le frère du réalisateur, étrange et inquiétante. Cela sauve le film, car au moins elle exprime un arrière texte qui tranche avec l’éclectisme des images et la superficialité des situations.

(Alain Le Goanvic)