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Cinéma

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L'histoire de l'amour (The History of Love)

(France, Canada, Etats-Unis, Roumanie, 2016, 2h14)

Réalisation : Radu Mihaileanu – Scénario : Marcia Romano – Photo : Laurent Dailland – Montage: Ludo Troch – Musique : Armand Amar – Distribution : Wild Bunch Distribution
Interprétation : Derek Jacobi (Léo Gursky) ; Sophie Nélisse (Alma Singer) ; Gemma Arterton (Alma Mereminski) ; Elliott Gould (Bruno Leibovitch)
Auteur :

Radu Mihaileanu est né en 1958 en Roumanie qu'il quitte en 1980 pour Israël. Il part rapidement en France pour des études de cinéma à l'IDHEC. Il travaille avec Marco Ferreri pour Le Banquet en 1989 puis réalise son premier long métrage, Trahir, en 1993, mais c'est avec Le train de vie qu'il accède au succès international avec deux prix au Festival de Venise. Depuis il enchaîne les succès avec notamment Va, vis et deviens (2005) qui obtient un César, et La source des femmes en Sélection officielle au Festival de Cannes 2011.

Résumé :

Léo, Svi et Bruno, trois adolescents d'un petit village juif de Pologne rêvent de succès littéraires et d'épouser Alma. La guerre dispersera le petit groupe alors qu'Alma venait de se donner à Leo. A New York, des décennies plus tard, Léo découvre que, non seulement le destin l'a privé de son  Alma et de son fils pendant toute sa vie, mais l’a aussi spolié de l'œuvre de sa vie.

Analyse :



Mihaileanu choisit souvent de dédramatiser des situations pathétiques : il établit une certaine distance chez ses personnages vis-à-vis de leurs épreuves à l'aide de dialogues d'un humour décalé. Le fond reste cependant le même, il s'intéresse aux petites gens ballottées, malmenées et détruites par des événements, des conflits.

Le titre de ce film est ambigu. Comment supporter une Histoire de l'amour ? Mais il s'agit ici du titre d'un roman de Nicole Krauss dont s'est inspiré le réalisateur, et de celui, écrit par le héros du film, qui subira de nombreuses vicissitudes.

Le scénario paraît, au premier abord extrêmement décousu : il est constitué de nombreux flash-back et de réminiscences d'un Léo vieillissant, vivant à Manhattan son présent au même niveau que son histoire. De nombreuses images sollicitent ses souvenirs et seul l'âge apparent du personnage nous permet d'identifier les périodes dans lesquelles il bascule. Ces voyages dans le temps, le font sauter de la fin des années 30 (son adolescence) à 2016 en passant par 1943, 1950 environ et 1995. On peut suivre ainsi, sur presque sept décennies, un trio d'amis tous amoureux de la charmante Alma. Malgré les massacres et les émigrations, ils continueront à vivre, du moins dans l'imagination et la mémoire de l'un d'eux, Léo, qui nous y associe. Ses yeux sont les nôtres.

L'humour du vieillard, ses petites fourberies et son caractère vif et épineux permettent au film d'échapper au mélo tout en gardant une tendresse indéniable pour chacun de ses personnages.

La musique accompagne les événements en les soulignant, souvent fortement. Cela peut déplaire à certains. Pour ma part, je l'ai trouvée bien adaptée au film, les violons appuyés rappelant l'origine des personnages.

Les images sont d'une esthétique étudiée, en particulier la première, rappelée par la suite au cours d'un événement tragique où une femme, dans sa course, renverse son panier de pommes. Les transitions sont réalisées à l'aide d'analogies ingénieuses, que ce soit pour des souvenirs ou des flash-back.

Un puzzle émouvant et digne, un zeste d'espérance dans les dernières images.

Nicole Vercueil