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Cinéma

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L'homme qui répare les femmes : la colère d'Hippocrate

(Belgique,Congo, USA, 2016. 1h 52min)

Réalisation : Thierry Michel - Scénario : Thierry Michel et Colette Braeckman. Image : Michel Téchy. Montage : Idriss Gabel. Production : Les films de la Passerelle et Ryva Production
Interprétation :
Auteur :

Thierry Michel, né en 1952 a d’abord travaillé pour la télévision. C’est un passionné de l’Afrique et un grand spécialiste du Congo qui a réalisé depuis une vingtaine d’années de nombreux documentaires politiques et sociaux sur ce pays qu'il connaît par cœur. Chacun des films de ce réalisateur engagé suscite une polémique avec les autorités de la République Démocratique du Congo (RDC).

Résumé :

Prix Sakharov 2014 et deux fois proposé pour le Nobel de la Paix, le Docteur Mukwege, est internationalement connu comme l’homme qui répare ces milliers de femmes violées durant 20 ans de conflits à l’Est de la RDC. Sa lutte incessante pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l’impunité dont jouissent les coupables dérange. Fin 2012, il échappe miraculeusement à une nouvelle tentative d’assassinat. Menacé de mort, le gynécologue vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus. Mais il n’est plus seul à lutter : à ses côtés, ces femmes auxquelles il a rendu leur intégrité physique et leur dignité, sont devenues à leur tour assoiffées de paix et de justice.

Analyse :



Interdit quelques semaines au Congo, le film fait le portrait radical et suit l’histoire et le combat du docteur Mukwege, que l’auteur compare pour sa lutte incessante contre l’horreur des viols de guerre et sa vie professionnelle consacrée à la réparation physique et psychologique des femmes et des jeunes filles rejetées par les leurs, aux grands exemples de courage d’un Nelson Mandela ou d’un Martin Luther King qui font la fierté et l’honneur du continent africain. La caméra l’accompagne au Congo en s’installant dans son quotidien et dans celui de quelques-unes de ses patientes à l’hôpital de Panzi, de même que lors de ses déplacements en Europe et aux Etats-Unis, où, colosse éveilleur de conscience, il est régulièrement invité à parler de la situation des femmes du Kivu. Les conditions de tournage ont été souvent très dures, à l’image de la scène du début, où une petite fille borgne, orpheline, raconte qu’elle a été violée et attend d’être prise en charge. Le Dr Mukwege, fils d’un pasteur pentecôtiste, est allé au Parlement européen et aux Nations Unies mais  reste cependant avant tout un homme de terrain et la complicité du cinéaste permet au spectateur de mesurer l’ampleur de sa compassion envers ces femmes violentées qui, nombreuses, prennent la parole pour décrire leur détresse mais témoignent aussi de leur énergie vitale et de leur courage dont se nourrit à l’évidence leur médecin. Malgré l’intention parfois hagiographique du montage, ce documentaire, dont la violence des  images et des témoignages est  souvent à la limite du soutenable, est un appel à l’aide lucide et militant et une œuvre profondément émouvante.

Jean-Michel Zucker