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Cinéma

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L'idiot ! (Durak)

(Russie – 2015 - 1h52)

Réalisation : Bykov Yury – Scénario : Yury Bykov – Musique : Yury Bykov – Montage : Yury Bykov – Image : Kirill Klepalov – Son : Arkadi Noskov – Costumes : Olga Pogodina– Production : Rock Films Moscou – Distributeur France : Kinovista
Interprétation : Artem Bystrov (Dmitri Nikitin), Natalia Surkova (Nina Galganova), Dmitry Kulichkov (Le soiffard), Yury Tsurilo (Bogatchov), Aleksandr Korshunov (le père), Olga Samoshina (la mère), Boris Nevzorov (Fiodotov), Kirill Polukhin (Matiugin)
Auteur :

Yury Bykov, né en 1981, est un jeune réalisateur russe dont L'idiot est le troisième long-métrage après Live (2010) et The Major (2013) sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes. Comédien à l'origine, formé à l'école du cinéma de Moscou, le VGIK (Institut Gerasimov du cinéma), Bykov est par ailleurs scénariste, monteur et compositeur. L'idiot a été sélectionné en compétition au festival de Locarno où il a remporté le prix du jury oecuménique ; le prix d'interprétation masculine a été décerné à Artem Bystrov.

Résumé :

Dmitri Nikitin (Dima pour ses proches), plombier chef de maintenance des bâtiments publics dans une petit ville russe, poursuit des études d'ingénieur. Un jour lors d'une visite dans un HLM liée à un problème de tuyauterie, il constate une fissure courant de bas en haut de l'immeuble. D'après ses calculs, l'immeuble devrait s'écrouler sous 24 heures. Une course contre la montre va s'engager.

Analyse :



Dès les premières images, le spectateur est plongé au cœur de la vie d'un HLM vétuste où se joue une scène de ménage violente se soldant par l'explosion d'un tuyau d'eau. « Ça craque » dit un des personnages. Cette fracture, nous allons la retrouver tout au long du film entre la pauvreté et la richesse, entre un être isolé et une communauté, entre le combat et la résignation.

Avec L'idiot, Yury Bykov entraîne le spectateur dans une odyssée nocturne pour sauver un immeuble et ses 800 occupants. Ce drame va se dérouler à travers les yeux d'un homme probe, avec une conscience morale inébranlable. Cette droiture et cette humanité transmises par son père va amener Dima à combattre tout un système pourri de bureaucrates. Et cela contre l'avis de sa mère et de sa femme. Cette lutte peut être comparée à un jeu de cartes dont les joueurs vont petit à petit se défausser sur les autres pour sauver leur peau. L'idiot, ce n'est pas Dima mais ce que les gens pensent de lui car son intégrité en fait une sorte de phénomène.

Comme dans Léviathan de Andreï Zviaguintsev, ce film montre toute une classe politique mafieuse et les failles créées par un système corrompu. Au cours de cette nuit d'hiver, les masques vont tomber révélant un alcoolisme touchant toutes les classes de la société russe : on boit pour oublier sa misère, on boit pour s'amuser, on boit toujours avec excès ; mais aussi l'absurdité de cette société, l'immoralité et l'incompétence des édiles, la corruption où l'argent est le maître mot. Deux femmes vont essayer de faire changer d'avis Dima. Sa mère qui sent bien que son fils ne pourra que se briser sur le système en place. La maire touchée par les paroles de Dima penchera finalement pour ses propres intérêts et ceux de sa ville.

Malgré quelques longueurs, on est happé par l'histoire du film. La lumière, les dialogues, la construction et le rythme du récit nous entraînent petit à petit vers l'inéluctable, vivre ou survivre.

Marie-Christine Griffon