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Cinéma

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La Grande Belleza

(2013 – Italie - 2H22), présenté en Compétition officielle à Cannes en 2013

Réalisation : Paolo Sorrentino - Scénario : Paolo Sorrentino et Umberto Contarello - Photo : Luca Bigazzi - Décors : Stephania Cella - Musique : Lele Marchitelli - Montage : Cristiano Travaglioli - Production : Indigo film with Medusa film (Italie) et Babe Films, Pathé films, France 2 cinéma (France) - Distribution : Pathé distribution
Interprétation : Toni Servillo (Jep Gambardella), Carlo Verdone (Romano), Sabrina Ferilli (Romana), Carlo Buccirosso (Lello Caval), Iaia Forte (Trumeau), Pamela Villores (Viola), Galatea ranzi (Stefania).
Auteur :

Paolo Sorrentino est un réalisateur, acteur, scénariste et écrivain italien, né en 1970 à Naples. Il a réalisé notamment L'homme en plus (2001), Les conséquences de l'Amour (2004) et L'ami de la famille (2006). En 2008, son film Il divo, sur la vie de l'ancien président italien Giulio Andreotti (2008), obtient le Prix du jury à Cannes et, en 2011, This must be the place a le prix du jury œcuménique également à Cannes. Paolo Sorrentino est également l'auteur d'un roman Ils ont tous raison (2010) qui porte sur la vie d'un chanteur cocaïnomane.

Résumé :

L'action se déroule à Rome, dans la plénitude de l'été. Jep Gambardella, 65 ans, journaliste, est un habitué des mondanités de la ville et, toujours grand séducteur malgré de premiers signes de vieillesse, il est de toutes les fêtes et réceptions où sa compagnie est très recherchée. De la terrasse de son appartement, la vue sur le Colisée est imprenable mais dans les conversations se joue la comédie du néant. A ses débuts, Jep - interprété par Tony Servillo, acteur fétiche du réalisateur - a écrit un roman à succès, « L'appareil humain », et il parle de se remettre à écrire, tout en promenant  son mal être d'intellectuel snob parmi les splendeurs de la Ville éternelle et en portant un regard ironique et désabusé sur ses contemporains. 

Analyse :



Une rédactrice en chef naine qui aime par-dessus tout, le soir, « une petite soupe et une bonne baise », un cardinal cacochyme qui récite des recettes de cuisine sur le ton du prêche, un chirurgien esthétique, adoré de ses clientes qu'il botoxe pour 700 euros, une fillette contrainte de montrer ses talents et qui asperge une toile géante de pots de peinture pour les invités de ses parents en pleurant, une autre artiste qui croit provoquer parce qu'elle se jette la tête contre un mur, un touriste japonais qui meurt saisi par la beauté de Rome sous le soleil, des communiantes, des collégiennes encadrées par des bonnes sœurs… la déambulation de Jep est l'occasion d'une peinture souvent cruelle de la société romaine, avec des références appuyées de cette « Sorrentino Roma » à Fellini et à la Dolce Vita. Les Romains de ces soirées – « de beaux petits trains qui ne vont nulle part »-- boivent, dansent et semblent se fuir dans le mélange d'alcool, de musique et de conversations creuses ou convenues. Jep en fait partie qui se voit vieillir et semble regretter de ne pas avoir marqué son passage. Il est aussi passé à côté de l'amour d'une femme. Travellings avant, arrière, gros plans, retours… la caméra ne nous laisse pas souffler et nous séduit avec « la grande beauté » des monuments, palais, statues et parcs de Rome, magnifiquement captés, avec lumière et couleurs, tandis que les hommes et les femmes sont saisis eux dans leurs faiblesses et leur humanité, dans un XXIème siècle décadent. Le film s'ouvre sur une citation du Voyage au bout de la nuit de Céline et se referme avec une interview d'une religieuse ressemblant à Mère Teresa, censée apporter un peu de paix et de pureté au héros. Mais le sujet, le cadre et la forme de ce long long-métrage dont Rome est un personnage à part entière laissent tout de même une regrettable impression de déjà vu.

(Françoise Wilkowski-Dehove)