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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La Mécanique des Flux

(France – 2016 – 1h23) - Documentaire

Réalisation : Nathalie Loubeyre - Scénario : Nathalie Loubeyre - Photo : Joël Labat - Musique : Gaspar Claus - Montage et Son : Nathalie Loubeyre - Distribution : Juste Distribution
Interprétation :
Auteur :

A fait ses premières armes comme assistante de Raul Ruiz (réalisateur chilien). Scénariste de longs métrages (Monnaie de singe, Marie-Ange et les autres). Après deux courts métrages, elle manifeste sa vraie vocation avec de nombreux documentaires, diffusés à la télévision française.

Résumé :

Aux frontières de l’Europe des hommes et des femmes se battent pour surmonter les barrières que leur impose l’UE, avec pour seule arme la force de leurs rêves et leur vitalité. Ils affrontent la violence de « l’ordre établi ».

Analyse :



Le début du film est surprenant : des gens accrochent le drapeau européen aux fenêtres, une grande foule envahit les rues, en bande-son l’Ode à la Joie de la IXème Symphonie de Beethoven. Bref une ambiance de fête populaire, ponctuée par le discours ronflant de M. Barroso, Président de la Commission européenne célébrant l’entrée de la Croatie dans l’UE (28ème membre !). Nous sommes à Zagreb en juillet 2013 et une phrase de Barroso va sonner étrangement à cause de ce que va montrer le film dans son déroulement : L’Union européenne et l’intégration sont devenues une promesse de paix et de changement.

Sans commentaire off, le film s’attache à montrer comment s’effectue la protection des frontières avec l’Est, d’où affluent les migrants. Ici, à Vukovar ou à Tavanik, sur les bords du Danube Bleu, des gardes-forestiers aident la police des frontières à repérer les chemins d’accès et les cabanes au fond de la forêt, qui servent de caches aux candidats à l’immigration (ils viennent de Turquie, d’Afghanistan, de Syrie..).

D’autres séquences vont nous transporter à un poste de contrôle grec (une île en face de la Turquie, ou à Patras), là se situe un centre de rétention (la caméra frôle la façade, filme les fenêtres, on voit des têtes, des bras, on entend les appels, les cris de protestation). Puis nous sommes à Lampedusa, célèbre, trop célèbre. Témoignages aux langues et idiomes différents, d’Africains, d’Afghans, de Syriens. Le propos est grave, mais cela n’a pas empêché la réalisatrice de montrer de belles images de nature, de paysages urbains, et surtout des portraits d’hommes et de femmes, dignes, précis et modérés, malgré tout, dans la description de leur odyssée. Certains effets visuels sont saisissants : des ombres blanches filmées la nuit, qui se déplacent telles des fantômes ; une conversation de migrants cachés dans une forêt en Grèce, c’est la nuit noire, la réalisatrice se fait accepter en train de filmer, mais veille à n’éclairer qu’une partie du visage. Ils parlent des Européens et s’insurgent contre ce qu’ils disent d’eux : « les immigrés sont un problème pour notre économie ; s’il y a crise c’est à cause des immigrés… » Le même thème revient sur leurs lèvres : leur valeur humaine n’est pas reconnue.

Ainsi, ce qu’on appelle pudiquement le « contrôle des flux » est une mécanique bien installée qui ne tient pas compte de l’humain, son but étant de parquer, de refouler des personnes indésirables dans « l’ordre » européen. C’est une force administrative répressive, mais certains des fonctionnaires montrent parfois de la compassion.

Cela ne suffit pas, bien entendu. Il faut reconnaître l’humain sous l’étiquette : immigré, demandeur d’asile, réfugié politique. Remarquable dans son approche, Nathalie Loubreyre nous livre un film qui incite à la prise de conscience et à la réflexion. 

Alain Le Goanvic