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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La Vénus à la fourrure

(France – 2013 – 1h35)

Réalisation : Roman Polanski – Scénario : David Ives, Roman Polanski, d’après la pièce de David Ives – Directeur photographie : Pawel Edelman – Son : Lucien Balibar – Musique : Alexandre Desplat – Production : Robert Benmussa, Alain Sarde – Distribution : Mars Distribution
Interprétation : Emmanuelle Seigner (Vanda) – Mathieu Amalric (Thomas)
Auteur :

Roman Polanski, né en 1933 à Paris de parents polonais, est aussi acteur et metteur en scène de théâtre. Il est un des cinéastes vivants les plus récompensés. Palme d’or à Cannes pour Le pianiste, plusieurs fois récompensé au Festival de Berlin et aux Oscars, il a réalisé, depuis son premier film, Le couteau dans l’eau en 1962, une vingtaine de films dont beaucoup de chefs d’œuvre (Répulsion, Rosemary’s baby, Tess, Chinatown, plus récemment The Ghost Writer), à travers lesquels il explore notamment les jeux de pouvoir et le fantastique.

Résumé :

Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

Analyse :



Vanda prononce les premières répliques et tout change : l’actrice vulgaire s’est transformée en la femme du 19ème siècle créée par Sacher-Masoch, subjuguant le metteur en scène. Magie du théâtre mais aussi première étape dans le retournement du pouvoir. Thomas, qui est aussi l’auteur de la pièce, devrait être le tout puissant : il est l’intellectuel, le démiurge qui a créé ses personnages. Face à lui, Vanda devrait être dominée, en situation d’infériorité. Or, très vite, tout s’inverse. Il est déstabilisé par le talent de l’actrice. Il va perdre toute fierté face à la femme et tout accepter d’elle. Elle règle les éclairages, rajoute une scène, critique son texte, refait la mise en scène. Elle le subjugue par son charme mais sait aussi flatter sa vanité d’auteur et d’acteur. Il se rebelle parfois mais très peu, se retrouve psychanalysé sur le divan du docteur Vanda, qui a mis de grosses lunettes noires et une veste sur ses dessous sexy. Et il finit, efféminé et travesti, attaché à un cactus phallique autour de laquelle Vanda se livre à une bacchanale de déesse païenne.

Mais qui est Vanda ? Qui est cette femme qui semble tout connaître sur sa pièce mais aussi sur lui, qui est capable de déclamer Les Bacchantes et de sortir de son grand sac une veste d’époque ? Qu’est-elle venu faire ? Passer une audition, enquêter sur lui, bouleverser sa vie ? On passe continuellement de la pièce jouée au questionnement sur la pièce et à la vie réelle. La passion, l’envoûtement de Thomas, dans le rôle de Severin puis de Vanda, se situent-ils dans la pièce ou dans la vie ? Thomas n’est-il pas une sorte de Docteur Faust damné par Vanda/Vénus/Marguerite ? Les époques s’entremêlent jusqu’à cette fin qui évoque les mythes antiques. On retrouve dans ce film le thème du fantastique, de la frontière floue entre réel et imaginaire, cher à Polanski.

Un film brillant, passionnant et magistralement interprété par Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric.

Jacques Champeaux