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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La belle promise (Villa Touma)

(Palestine /Israel – 2014 - 85 min.)

Réalisation : Arraf Suha – Scénariste : Suha Arraf – Photographie : Yaron Scharf - Montage – Arik Lahav-Leibovich – Musique : Boaz Schory – Production : Suha Arraf – Distribution : KMBO
Interprétation : Nisreen Faour – Ula Tabari – Cherien Dabis – Maria Zreik
Auteur :

Suha Arraf est née en Palestine. Elle commence sa carrière cinématographique d’abord comme productrice de documentaires. Elle est également scénariste de certains films de Eran Riklis dont La fiancée syrienne (2004) et Les citronniers (2008). La belle promise est son premier long métrage en tant que réalisatrice.

Résumé :

En Palestine, trois sœurs issues de l’aristocratie chrétienne ont perdu leurs terres et leur statut social après la guerre des 6 jours. Elles ne parviennent pas à accepter la nouvelle réalité de l’occupation et l’émigration massive de l’aristocratie palestinienne. Elles accueillent une nièce orpheline, Badia, et se mettent en tête de lui trouver un mari.

Analyse :



On sourit souvent devant ces portraits de femmes très rigides et accrochées à un passé révolu. On sourit aussi de leur obstination à vouloir conformer Badia à ce modèle, alors que cette dernière a été élevée dans un orphelinat jusqu’à ses 18 ans et ne connaît ni le piano, ni le français, ni les bonnes manières. Le fait que son père ait épousé une femme musulmane et se soit ainsi coupé de sa famille, explique sa marginalité. Et le film rend bien compte de cet univers calme, feutré, clos (on ne voit pratiquement jamais la maison de l’extérieur) et étouffant. Rien ou presque ne transparait de la réalité extérieure, celle de Ramallah en 2000, alors qu’on se croirait dans un film de 1960. Mais quelques scènes permettront de comprendre que les tantes de Badia sont elles aussi victimes de cet ordre des choses qu’elles imposent à leur nièce.

Le thème fictionnel (une jeune orpheline recueillie par ses tantes aristocrates qui vont chercher à bien la marier, à l’ancienne) est prétexte à des scènes d’anthologie assez comiques : cérémonial des repas, cours de piano, thés mondains où Badia joue du piano pour les invités, cheminement vers l’église des 4 femmes endimanchées, rencontres avec d’autres familles chrétiennes lors d’enterrements ou de mariages, toutes scènes dominées par l’objectif de trouver pour Badia un chrétien, aristocrate et célibataire…. C’est justement dans un mariage qu’elle tombe amoureuse d’un jeune chanteur musulman qui viendra ensuite la séduire, de nuit, dans le jardin de la maison familiale. La suite vire à la tragédie mais le film conservera quelques accents surréalistes qui font penser aux films d’Elia Suleiman et à sa critique ironique de l’absurdité de la situation des palestiniens.

Les quelques ébauches de description des relations entre arabes chrétiens (riches) et arabes musulmans (jardinier – hommes dans la rue regardant passer avec curiosité et amusement ces 4 femmes bien mises et fières – jeune chanteur entreprenant et hâbleur…) suffisent à ancrer le récit dans une Palestine à la fois historique et contemporaine que l’on connaît surtout à travers des scènes de chekpoint, de résistants ou de réfugiés. Nous avons là un regard très original sur le Moyen Orient.

Maguy Chailley