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Cinéma

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La fête est finie

(France – 2014 - 1h20) Documentaire

Réalisation : Burlaud Nicolas – Image : Elphège Berthelot, Nicolas Burlaud, Thomas Hakenholz, Etienne La Favouille, Jean-Marc Lamoure - Montage Nicolas Burlaud, Agathe Dreyfus - Distribution France : Collectif 360° et même plus
Interprétation :
Auteur :

Nicolas Burlaud, né en 1973 à Chamalières (Puy-de-Dôme), vit à Marseille. Surtout connu comme monteur de films documentaires, il a aussi réalisé Don't clean up the blood (coréalisation 2001) et Alger, l'ailleurs d'ici (2007). Deux DVD réunissent ses courts métrages d'actualités politique et sociale sur Marseille : Marseille Clean ? Pauvres de nous ! (2010-11) et Marseille ultra-clean (2012-13).

Résumé :

Le film circule dans les sites de l'opération urbaine Euroméditerranée à Marseille, en montre ou en fait entendre les acteurs et parties prenantes, et alterne avec des images des manifestations de Marseille 2013 (Capitale européenne de la culture).

Analyse :



Voilà un film pour les Marseillais, en tous cas pour qui s'intéresse à cette ville et ce qui s'y passe. Son (très, très) lointain passé grec (Gyptis et Protis, VII° siècle avant) est fortement mis à contribution au mauvais service d'une cause perdue : TIMEO DANAOS ET DONA FERENTIS (Virgile, Eneide II, 49). Le Cheval de Troie – grand simulacre de bois, farci de guerriers grecs, laissé sur la plage comme un cadeau d'adieu aux Troyens qui, abusés, l'introduisirent dans leurs murs pour leur malheur – est pris ici comme allégorie de l'année Marseille 2013 : elle aurait brisé, sous couvert de fête (unanimisme !) et de culture (respect !), les dernières résistances à "la vente de Marseille aux riches".

Les surabondantes citations et lectures du texte virgilien ont un rôle incantatoire, mais ne démontrent rien, et la thèse elle-même – la culture-alibi frayant la voie au capitalisme – n'a rien pour se défendre. Euroméditerranée, "opération de rénovation urbaine d'intérêt national", a été lancée dans les années 1990, se poursuivra jusqu'au milieu du XXI° siècle, et l'année 2013 n'y est qu'une péripétie comme l'aurait été, s'il s'était fait, l'accueil de la Coupe de l'America, en 2011.

Bien plus sérieux est le sujet d'Euroméditerranée elle-même, opération qui consiste à développer la ville sur les immenses territoires abandonnés par le déménagement du port, engagé dès 1970 : sur les nouveaux sites de la région de Fos (80 km à l'ouest) purent se déployer de nouvelles infrastructures portuaires – portiques et quais à conteneurs, déchargement pétrolier, regazéification du méthane, etc. Le 'périmètre Euromed' englobe aussi des quartiers habités qui seront presqu'entièrement 'requalifiés', ce qui signifie que, pour l'essentiel, leur population future ne sera pas celle d'aujourd'hui : Nicolas Burlaud produit des témoignages illustrant l'anxiété et le mécontentement d'habitants concernés, qui n'auraient pas voulu cela.

Ce documentaire est un film militant, donc sans prétentions artistiques ni d'objectivité ; il est agréable à voir cependant, grâce à la mobilisation d'images des brillantes fêtes de 2013, au caractère spectaculaire des travaux et projets d'Euroméditerranée, et à un montage délié. Mais il souffre de la répétition des litanies troyennes, et à tout prendre on trouvera plus d'intérêt et d'information dans la série documentaire consacrée par Denis Gherbrandt en 2009 à La république Marseille, qui parcourait entre autres les mêmes thèmes et terrains que ceux arpentés aujourd'hui par Burlaud.

Jacques Vercueil