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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La fille inconnue

(Belgique – 2016 – 1h46)

Réalisation : Jean-Pierre Dardenne - Scénario : Jean-Pierre et Luc Dardenne – Photographie : Alain Marcoen - Montage : Marie-Hélène Dozo – Son : Jean-Pierre Duretl - Distribution France: Diaphana
Interprétation : Adèle Haenel (Jenny) – Olivier Bonnaud (Julien) – Louka Minella (Bryan) – Jérémie Renier (le père de Bryan) – Christelle Cornil (la mère de Bryan) - Olivier Gourmet (le fils Lambert) – Nadège Ouedraogo (la caissière du cyber café)
Auteur :

Jean-Pierre et Luc Dardenne sont nés en Belgique respectivement en 1951 et 1954. Ils ont débuté dans la réalisation sous le patronage d’Armand Gatti. Après avoir fait des études d’art dramatique pour l’un, de philosophie pour l’autre, ils fondent leur propre maison de production. Régulièrement présents à Cannes à partir de 1996, ils y obtiennent plusieurs récompenses dont, en 1999, une Palme d’Or pour Rosetta, puis une seconde, en 2005, pour L’enfant. La fille inconnue était en sélection officielle à Cannes en 2016. Leurs films s’inscrivent tous dans une veine sociale, dans un style très dépouillé.

 

Résumé :

Jenny, jeune femme médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l'identifier, Jenny n'a plus qu'un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu'elle ne soit pas enterrée anonymement et qu'elle ne disparaisse pas comme si elle n'avait jamais existé.

Analyse :



C’est un film sur le sentiment de culpabilité et ce à quoi il conduit Jenny pour se « racheter ». C’est donc d’abord un film psychologique qui montre comment l’assurance professionnelle de Jenny est ébranlée par ce qu’elle considère justement comme une « faute professionnelle ». Alors même qu’elle se montrait intransigeante avec un jeune stagiaire médecin qui finira par renoncer à poursuivre ses études. Double culpabilité pour Jenny qui cherchera aussi à le faire changer d’avis.

Mais c’est aussi un film social car, à travers l’enquête entreprise par Jenny pour retrouver l’identité de la « fille inconnue » venue sonner à son cabinet médical, nous découvrons toute une série de portraits et de situations caractéristiques de cette banlieue pauvre de Liège, que ce soit parmi ses clients ou le voisinage, dans la légalité ou non.

Le personnage de Jenny parait très dur, buté même, dans sa conscience professionnelle inébranlable qui l’aveugle parfois. On peut rapprocher ce film du récent  Médecin de campagne (Thomas Lilti) qui montrait un exercice de la médecine, en milieu rural, probablement en voie de disparition, où les liens sont intenses entre le praticien et ses clients. Médecin isolé dans sa pratique, Jenny l’est aussi mais on perçoit beaucoup moins d’empathie avec ceux qui viennent la consulter. Et l’on comprend que ce cabinet médical où elle effectue un remplacement aura bien du mal à trouver un repreneur.

A travers son enquête et les rencontres qu’elle y effectuera, des liens vont se créer. Elle parviendra, grâce à eux, à dissiper le mystère qui entoure la mort de la fille inconnue. Elle contribuera aussi à rendre plus humains ceux qui auront été touchés par sa persévérance. Mais elle aussi sera touchée par ces rencontres et la dernière image du film nous la montre accompagnant, en la soutenant avec bienveillance, une vieille dame jusqu’à son bureau.

Ce scénario est un bel hommage rendu au dévouement des médecins qui ne s’enferment pas dans des actes techniques.   

Maguy Chailley