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Cinéma

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La loi du marché

(France – 2015 – 1h33) Sélection Officielle Cannes 2015

Réalisation : Stéphane Brizé ––Scénario : Stephane Brizé, Olivier Gorce -Dir. Photo :Eric Dumont – Montage : Anne Klotz–– Son : Emmanuelle Villard, Hervé Guyader - Distribution : Diaphana Distribution
Interprétation : Vincent Lindon (Thierry), Yves Ory (le conseiller Pôle Emploi), Karine de Mirbeck (la femme de Thierry), Mathieu Schaller (le fils de Thierry), Xavier Mathieu (le collègue syndicaliste).
Auteur :

A l’origine technicien de l’audiovisuel, Stéphane Brizé prend des cours d ‘art dramatique et devient metteur en scène de théâtre. En 1993, il choisit de passer à la réalisation avec le court-métrage Bleu Dommage (Grand Prix du Festival de Cognac). En 1996, son premier long-métrage L’œil qui traîne (Grand Prix du Festival de Vendôme et de Rennes) confirme ses talents de cinéaste. La reconnaissance du grand public viendra avec Je ne suis pas là pour être aimé, en 2005, qui lui vaut plusieurs nominations aux Césars 2006. Plus récemment, succès de Quelques heures de printemps en 2013 (avec Vincent Lindon). Sa capacité à cerner des personnages simples, plutôt frustres, mais qui révèlent leur humanité, est la caractéristique essentielle du cinéaste.

Résumé :

C’est l’histoire de Thierry, dans la France de maintenant, chômeur depuis 18 mois! Venant du monde de l’industrie, ses compétences ne semblent pas suffisantes pour retrouver un emploi équivalent. Il accepte d’être vigile dans un super marché. Pour ce rôle, Vincent Lindon a reçu à Cannes le Prix d’Interprétation masculine, totalement mérité.

Analyse :



En guise de générique, un long plan séquence nous met au cœur de l’entretien de Thierry avec le conseiller de Pôle Emploi. La caméra est là comme par effraction. Elle pivote d’un personnage à l’autre, cadre de profil et en plan moyen ou rapproché. Parfois elle s’arrête sur Thierry, ses paroles sont fermes mais elles sont celles d’un homme fatigué, au bord de l’exaspération. Les premières minutes sont essentielles. Ce n’est pas une simple fiction, c’est un récit profondément nourri de la réalité, qui va faire appel à notre attention, à notre intelligence, à notre sensibilité. D’autres plans-séquences suivent, nous ne lâchons pas Thierry, nous faisons connaissance avec lui, être simple, sans grade, sans titre. Il traverse la vie dans un monde sinistré, à la recherche d’une solution à sa précarité grandissante : chez lui, avec sa femme et leur garçon handicapé – dans un café avec ses collègues syndicalistes qui veulent en découdre avec le patron qui les a virés – à la banque où la conseillère essaye de trouver des solutions (bancales) de financement pour lui et sa famille – devant son ordinateur, dans un dialogue via Skype avec un possible recruteur…Le jeu de Vincent Lindon donne toute l’étendue d’un drame quotidien, celui de millions de chômeurs, dans une France, une Europe, qui nagent et coulent dans le « néo-libéralisme ». Ah oui ! le titre du film nous le dit : « que voulez-vous Monsieur, c’est la loi du marché ». Alors que faire, quand lors d’un stage payé par Pôle Emploi, Thierry se fait filmer en vidéo dans un entretien simulé, et entend les commentaires acerbes de ses collègues sur sa prestation, sans égard pour lui, commentaires encouragés par l’animateur ? Voyez le regard de Thierry, face à nous, qui esquisse un sourire confus et grimaçant devant une telle violence impunie ! Ellipse. Le voici dans un super marché, chargé de scruter les images de vidéo-surveillance. A cette phase du film, on n’entendra plus sa voix, sauf une fois, dans le bureau du surveillant en chef, où une caissière est soupçonnée de vol. Mots informes devant la violence de la situation. Que faire dans un tel engrenage ? La ligne de fuite est au fond du parking, petite musique (seul moment où on entend de la musique) et c’est le post-générique. Film engagé, certes !

Alain Le Goanvic