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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La maison au toit rouge

(Japon – 2014 – 2h16)

Réalisation : Yamada Yoji – Scénario : Yoji Yamada et Emiko Hiramatsu d’après le roman de Kyoko Nakajima
Interprétation : Takako Matsu, Haru Kuroki, Takataro Kataoka, Hidetara Yoshioka
Auteur :

Né en 1931 à Toyonaka (préfecture d’Osaka), Yôji Yamada est le vétéran du cinéma japonais. Il entre aux studios Shochiku en 1954 où il devient assistant de Yoshitarô Nomura pour lequel il signe plusieurs scénarios. Il fait ses débuts en tant que réalisateur en 1961 avec la comédie L’inconnu du premier étage. La maison au toit rouge est son 82e film. Ce film a obtenu le prix d’interprétation féminine au Festival de Berlin (2014) et le Soleil d’Or du meilleur film au Festival Kinotayo (2014)

Résumé :

Japon, 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki, rentre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé.

Analyse :



On s’attache très vite à ce personnage de domestique dévouée, à travers le regard de laquelle nous voyons évoluer cette famille japonaise aisée, juste avant la guerre de 39-45. Le Japon d’abord n’est pas en guerre mais semble s’y préparer avec conviction. On assistera au développement de ce sentiment belliqueux et aux conséquences de l’entrée en guerre. Cet aspect historique du film n’est pas son seul intérêt. Les relations affectives qui se tissent entre la jeune domestique, l’enfant dont elle s’occupe et la mère de famille, provoquent une complicité entre les deux femmes, complicité qui soumettra Taki à un cas de conscience important : être fidèle à sa maîtresse ou à son maître. Et l’attirance qu’elle éprouve elle-même vers le jeune dessinateur qui fréquente la maison au toit rouge, fait d’elle une rivale de celle qu’elle sert.

Rien de monotone ni de trop convenu, grâce au scénario et au montage qui ménagent peu à peu des révélations sur la psychologie des personnages. Le procédé de la lecture par le neveu de Taki, de ses souvenirs pourrait paraître artificiel. Il n’en est rien grâce à l’intrication de cette lecture renvoyant à des scènes du passé, et d’autres scènes où on voit Takeshi encourager sa tante dans cette entreprise. Il y a donc un double point de vue : celui de Taki sur sa vie passée et celui du neveu sur sa vieille tante et ce qu’elle a révélé d’elle-même. Takeshi deviendra à son tour l’artisan de la clarification des événements du passé.

La dernière partie du film traîne un peu en longueur avec des rebondissements qu’on peut trouver inutiles. Mais cela n’enlève pas à ce récit son charme et son intérêt.

Maguy Chailley