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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La sapienza

(France/ Italie – 2015 -1h44)

Réalisation : Green Eugène - Scénario : Eugène Green - Photographie : Raphaël O’Byrne - Montage : Valérie Loiseleux – Musique de Monteverdi - Production : Alexandro Borelli - Distribution : Bodega films
Interprétation : Fabrizio Rongone (Alexandre), Christelle Prot (Aliénor), Ludovico Succio (Goffredo), Ariana Nastro (Lavinia)
Auteur :

Né en 1947 aux États-Unis, Eugène Green émigre en France dans les années 1960 et fonde à la fin des années 1970 une compagnie de théâtre baroque, le Théâtre de la Sapience. Par la suite il se lance dans le cinéma et réalise Toutes les nuits (1999), puis Le Monde vivant (2003) et surtout i*Le Pont des Arts (2004), son plus grand succès.

Résumé :

Alexandre est un architecte reconnu en proie à des doutes sur son métier et sur son couple. Avec son épouse, Aliénor, il part à Stresa (Italie), au bord du lac Majeur, sur les traces de Borromini, grand architecte baroque du XVème siècle. La rencontre avec un frère et une sœur, deux adolescents, va donner à leur vie un tour nouveau.

Analyse :



Les premières vingt minutes du film sont éprouvantes : hiératisme des personnages, plans fixes dans lesquels le couple entre et sort mais reste le plus souvent immobile, élocution distanciée avec liaisons marquées… On se croirait chez Bresson ou dans un mauvais Antonioni. Si vous résistez à l’envie de partir, vous serez alors récompensés. Dès la rencontre avec Goffredo, 18 ans, futur élève architecte, et avec sa jeune sœur, Lavinia, on sent que le film va prendre son envol. Alors qu’Aliénor reste à Stresa au chevet de la fragile Lavinia, les deux hommes vont entreprendre un périple vers Rome à la découverte des monuments de Borromini, l’architecte préféré d’Alexandre, dont il admire en particulier l’utilisation de la lumière. La lumière et le dialogue entre l’homme mûr et le jeune enthousiaste va petit à petit faire craquer le vernis et libérer le carcan qui enserre Alexandre. Le metteur en scène et la caméra suivent la même voie. Des plans fixes on passe doucement à des travellings lents sur les œuvres romaines de Borromini et même à des scènes « normales » voire comiques comme celle de la villa Borghèse ou celle d’un australien ridicule voulant visiter une chapelle fermée au public. Le parallèle entre la découverte de la lumière et de la sapience, c'est-à-dire du savoir qui conduit à la sagesse, et la renaissance du couple d’Alexandre et d’Aliénor, revivifié par les deux adolescents, est presque trop évident. C’est un peu facile mais on se laisse prendre par le jeu parfait des quatre acteurs principaux et par la mise en scène qui accompagne leur évolution. De même, la musique de Monteverdi vient, toujours au bon moment, souligner les changements dans la psychologie des personnages. On trouvera aussi une facilité de mise en scène entre le premier plan fixe et froid du lac Majeur qui commence le film et le beau plan séquence de la fin sur le même lac avec la vie et la jeunesse heureuse, caractérisée par le frère et la sœur. Mais nous pardonnerons à Eugène Green en pensant à tout le bonheur qu’il nous a donné.

Jean Wilkowski