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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La terre éphémère (Corn Island)

(Géorgie – 2014 – 1h40)

Réalisation : Ovashvili George - Scénario : George Ovashvili, Nugzar Shataidzé, Roelof Jan Minneboo – Image : Elemér Ragalyi – Montage : Sun-min Kim – Musique : Josef Bardanashvili – Distribution France : Arizona Film
Interprétation : Ilyas Salman (le vieil homme), Mariam Buturishvili (la petite fille), Irakli Samushia (le soldat)
Auteur :

George Ovashvili est né en 1963. Diplômé de l’Institut Géorgien du Cinéma et du Théâtre (1996) et de l’Académie du Film de New-York (2006), son premier long-métrage L’autre rive (2010) connaît une carrière internationale et obtient une cinquantaine de prix dans différents festivals. Il y montrait ce que sont les deux cultures géorgienne et abkhaze. La terre éphémère, son deuxième long-métrage, a obtenu le Globe de Cristal au festival de Karlovy Vary ainsi que le prix du jury œcuménique. Au Cinémed à Montpellier en 2014, il obtient quatre prix dont l’Antigone d’or.

Résumé :

Un vieil Abkhaze et sa petite fille cultivent du maïs sur une des îles éphémères du fleuve Inguri, frontière naturelle entre la Georgie et l’Abkhazi. Ces îles sont des bandes de terre fertile qui se créent et disparaissent au gré des saisons. Celle ci est tout juste assez vaste pour accueillir une petite maison de bois et un champ de maïs.

Analyse :



Somptueuses images d’une nature sauvegardée où l’élément aquatique et la forêt sont prédominants. L’atmosphère semble paisible au début, lorsque le vieil homme aborde dans l’île et commence à y installer sa cabane dans des scènes très belles dont la lenteur rend bien la difficulté de son travail, précis et minutieux, à l’ancienne, avec des matériaux et des outils assez primitifs. Mais peu à peu surgit l’inquiétude. Aux dangers et aléas de la nature s’ajoutent les dangers venant des hommes : cette île éphémère est à proximité de la Géorgie (alors que le vieil homme et sa petite fille sont abkhazes). La guerre est rendue présente au loin, par des coups de feu, des brigades militaires en bateau venant « inspecter » de temps en temps ce qui se passe sur l’île, des soldats guettant à la jumelle la petite jeune fille, et enfin par cet homme blessé retrouvé entre les maïs que le vieil homme accueille et soigne, en le cachant.

Lorsque les maïs sont mûrs la tempête arrive, contre laquelle luttent le vieil homme et sa petite fille pour tenter de ramasser le plus possible d’épis. Mais la tempête sera la plus forte….

Au printemps un autre homme aborde l’île et retrouve dans la terre la poupée de la jeune fille, comme le grand-père avait trouvé, l’année précédente, un sifflet dans la terre : au-delà de la mort, la vie continue, avec de nouveaux acteurs….

Cette fable se joue sur fond de communication non verbale. Regards et gestes suffisent au vieil homme et à sa petite fille pour se comprendre. Et lorsqu’interviennent les militaires c’est l’incompréhension mutuelle : ils parlent géorgiens et ne comprennent pas l’abkhaze.

Le réalisateur parle de ce récit comme d’une histoire biblique, avec un thème universel : la création, la vie, la mort. « Je m’intéresse  essentiellement aux conflits qui divisent les hommes entre eux mais aussi leur rapport avec la nature et leur combat contre elle…. A travers le soldat, qui vient de nulle part, j’ai voulu montrer le climat qui existe actuellement sur ces frontières : enquêtes, suspicion, comment les gens s’entretuent…. Le vieil homme se réfère à la tradition de tout le Caucase géorgien pour qui une personne accueillie chez soi, même le pire ennemi, est sous la protection de l'hôte ; mais, passée la porte du jardin il le tuera si l'honneur ou l'histoire le lui commandent ».

Un très beau film sur l’humain et une ode à la nature.

Maguy Chailley