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Cinéma

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La terre et l'ombre (La tierra y la sombra)

(La Tierra y la Sombra) (Colombie – 1h37 – 2015)

Réalisation : Acevedo César Augusto - Scénario : César Augusto Acevedo – Image : Mateo Guzmán – Montage : Miguel Schverdfinger – Son : Juan Felipe Rayo – Décors : Marcela Gómez – Production : Burning Blue – Distribution : Pyramide Distribution
Interprétation : Haimer Leal (Alfonso), Hilda Ruiz (Alicia), Edison Raigosa (Gerardo), Marleyda Soto (Esperanza), José Felipe Cárdenas (Manuel)
Auteur :

César Augusto Acevedo est né à Cali en Colombie en 1987. Il est diplômé de l’Ecole de Communication Sociale de l’Université del Valle, dans sa ville natale. Le scénario de La Terre et l'Ombre fut son travail de fin d’études, puis est devenu son premier long-métrage. La Terre et l'Ombre a obtenu la Caméra d'Or et a été sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes en 2015. Avant de tourner La Terre et l'Ombre, il a réalisé deux courts métrages, Los Pasos del agua (2012) et La Campana (2013).

Résumé :

En Colombie, Alfonso un vieux paysan revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d’immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. Dix-sept ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.

Analyse :



Au bout d'un chemin bordé de champs de canne à sucre, un vieil homme seul marche vers nous et se fait dépasser par un camion et ses 4 remorques qui soulèvent un vent de poussière. Dès cette première longue séquence, on est plongé dans l'atmosphère étouffante du film. César Acevedo va réussir à nous faire pénétrer dans ce monde : une famille vivant dans une maison encerclée par les champs de canne à sucre, dont le fils est en train de mourir d'avoir respiré les poussières fines du brûlage des plants. C'est autour du malade, cloîtré dans sa chambre aux volets clos, que la famille vit dans l'attente de sa mort. On ressent à travers les émotions de chaque personnage la réalité du monde. La grand-mère Alicia a toujours vécu là. Elle n'imagine pas quitter sa terre. Son mari Alfonso revient après 17 ans d'absence pour soutenir leur fils Gerardo mourant et aider les siens à s'en sortir. Esperanza, la femme de Gerardo, ne rêve que de quitter cette vie. Manuel, leur fils de 6 ans, veut vivre pleinement son enfance. Cette famille tente de renouer des liens. Peu de paroles. L'essentiel est relaté par le rythme lié à l'état émotionnel des personnages, par le son, personnage à part entière (la détresse respiratoire de Gerardo, le chant des oiseaux en écho aux sifflements d'Alfonso et Manuel, le vent et le bruit du feu dans les champs...), par la poésie qui se dégage de longs plans séquence : les gestes lents des coupeurs de canne à sucre, les gros plans d'Alfonso nettoyant une à une les feuilles des plantes recouvertes de poussière de cendres, les moments de complicité entre le grand-père et son petit-fils, les rêveries d'Alfonso..., et par les cadrages qui permettent au réalisateur de renforcer le contraste entre l'intérieur calfeutré de la maison et l'environnement hostile. Mais de ce film noir ressort l'espoir lorsque César Acevedo nous parle de solidarité sociale (les ouvriers indignés cessent le travail en attendant que le contremaître envoie un médecin au chevet de Gerardo) et de la transmission familiale.

Marie-Christine Griffon