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Cinéma

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La vie d'Adèle

(France – 2013 – 2h. 59)

Réalisation : Abdellatif Kechiche – Scénario et dialogues : Abdellatif Kechiche, Ghalia Lacroix (librement inspirée de la b.d. de Julie Maroh « Le bleu est une couleur chaude » - Photo Sofian El Fani – Montage : Camille Toubkis, Albertine Lastera, Jean-Marie Langelle, Ghalia Lacroix – Son Jean-Paul Hurier, Jerôme Chenevoy – Production et Distribution : WILD BUNCH SA
Interprétation : Léa Seydoux (Emma), Adèle Exarchopoulos (Adèle), Salim Kechiouche (Samir)
Auteur :

Abdellatif Kechiche est né en 1960 en Tunisie. Il est installé en France depuis l'âge de 5 ans. Il est l'auteur de La faute à Voltaire (2001), Lion d'or de la première oeuvre, L'Esquive (2004) couronné par quatre Césars, La graine et le mulet (2007), Prix spécial du jury à la Mostra de Venise et Prix de la meilleure révélation pour la jeune actrice Hafsia Herzi. Il a également obtenu le Prix Louis Leduc. Suivra en 2009 Vénus noire. Son dernier film, La vie d’Adèle, chapitre 1 et 2, a obtenu la Palme d’Or au Festival de Cannes 2013.

Résumé :

A 16 ans Adèle ne se pose pas de question : une fille ça sort avec des garçons. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir. Leur relation amoureuse s’affirme et se prolonge jusqu’à ce qu’Emma se lasse…

Analyse :



Rendre compte de ce film de 3 heures en ne se focalisant que sur les scènes de relations sexuelles, comme l’ont fait beaucoup de commentateurs lors de la sortie du film au Festival de Cannes, c’est faire perdre à ce récit l’essentiel de son intérêt.

La découverte par Adèle de son désir d’Emma se fait dans un contexte de camaraderie lycéenne où l’on voit bien comment le groupe « encadre », surveille et condamne tout écart par rapport à la norme de ce groupe. Ces moments où on interroge Adèle, où on l’accule à dire ou ne pas dire… sont filmées au plus près des visages montrant l’intensité émotive de ce qui se joue. Mais Adèle et son désir sont plus forts que ces pressions. Et la période, heureuse, où elle apprend à connaître sa partenaire, où elle accepte sa propre homosexualité est pure liesse, en particulier dans les scènes de relations corporelles. Apparaît alors un autre aspect très important du film: à travers une distance sociale et culturelle auquel le désir physique faisait écran, un fossé va se creuser. C’est à travers des petites touches que Kechiche nous le signifie : la nourriture contrastée des deux familles (spaghettis à la tomate/ huîtres…), l’importance accordée ou non au fait d’avoir un métier concret et utile, les fréquentations branchées d’Emma face aux collègues d’école maternelle d’Adèle, la culture et les goûts limités d’Adèle …. Cette dernière ne comprend pas qu’Emma se détache d’elle pour ces différences puisqu’elle-même s’en accommode. Vient alors la rupture qui va nous valoir des scènes où Adèle exprime le désespoir avec une intensité peu commune. On pense ici, par contraste, au film de Claude Goretta, La dentellière, où une relation de ce type se nouait entre un étudiant et une petite coiffeuse, relation vouée de même à l’échec, conduisant la jeune fille à la dépression et même à la folie. Dans La vie d’Adèle, on peut parler au contraire d’énergie du désespoir, qui s’exprime à travers les tentatives d’Adèle pour retrouver Emma mais aussi à travers son investissement dans son métier d’institutrice.

Alors, cette histoire d’amour malheureux avait-elle besoin de ces si longues scènes de sexe qui vont peut-être détourner du film certains spectateurs? Elles sont certes traitées avec une grande esthétisation (et c’est ce qui les rend supportables) mais ce n’était pas le propos de Julie Maroh, auteure de la b.d., qui reproche à Kechiche d’avoir filmé les étreintes « comme des tableaux, des sculptures », comme une « chorégraphie de la gestuelle amoureuse », alors qu’elle-même entendait banaliser l’homosexualité. Elle déplore alors le manque de crédibilité de ces moments. Que chacun se fasse sa propre opinion.

Maguy Chailley