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Cinéma

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Le Paradis

(France – 2014 – 1h10)

Réalisation : Cavalier Alain - Scénario : Alain Cavalier – Collaboration : Françoise Widhoff – Son : Florent Lavallée, Aliocha Fano Renaudin – Producteur : Michel Seydoux – Compagnie de production : Caméra One – Distribution : Pathé Distribution
Interprétation : Nine d’Urso – Thibault Duteil
Auteur :

Alain Cavalier, né en 1931, débute avec deux longs métrages politiques Le combat dans l’île (1961) et L’insoumis (1964) qui sont des échecs commerciaux. Il connaît ensuite le succès avec des films plus traditionnels Mise à sac et La Chamade, adapté du roman de Françoise Sagan. Après une parenthèse de huit ans, il revient au cinéma avec des films expérimentaux et de plus en plus épurés, ce qui ne l’empêche pas de connaître le succès avec Thérèse, Prix du jury au Festival de Cannes. Le Paradis est dans la lignée de ses derniers films, Irène et Pater, réalisés avec des moyens extrêmement réduits.

Résumé :

Alain Cavalier parle ainsi de son film : « Depuis l’enfance, j’ai eu la chance de traverser deux mini dépressions de bonheur et j’attends, tout à fait serein, la troisième. Ça me suffit pour croire en une certaine beauté de la vie et avoir le plaisir de tenter de la filmer sous toutes ses formes : arbres, animaux, dieux, humains… et cela à l’heure où l’amour est vif. L’innocence, le cinéaste en a perdu une partie. C’est si délicat à repérer autour de soi, si difficile à ne pas perdre au tournage. »

Analyse :



Si l’on peut parler de film minimaliste ou d’Arte Povera au cinéma, le film d’Alain Cavalier s’inscrit indubitablement dans ce genre. Deux ou trois personnages que l’on voit et entend à certains moments, deux voix off, quelques oiseaux, une forêt, de menus objets, on atteint une extrême économie de moyens. D’où vient alors que ce film dégage une réelle beauté et que l’on est pris par un discours cinématographique aussi épuré ? Sans doute parce qu’il s’en émane une grande paix et qu’il parle d’une manière singulière de la vie, de la mort et des mythes à l’origine de notre culture.

Le film débute par une image idyllique d’une paonne avec ses petits. L’un de ceux-ci meurt, malgré les soins qui lui sont prodigués par le narrateur. Ce dernier va alors ériger un petit monument, à l’échelle de l’oisillon, avec un caillou maintenu par quatre clous plantés dans la racine d’un arbre. La vie et la mort dès les premières images et le rite funéraire dans sa forme éternelle du mausolée. Au fil des saisons, on reviendra à ce monument pour le dégager des feuilles mortes et de la mousse, le brosser, peindre les clous. Symbolisé à l’extrême, on retrouve le rite universel de l’entretien des tombes et du culte des morts.

Le film bifurque alors vers les grands mythes fondateurs, l’Odyssée et la Bible. Ils sont introduits par un homme et une femme qui dialoguent en se jetant l’un à l’autre les expressions proverbiales issues de ces textes, de « l’aurore aux doigts de rose » au « bon grain et l’ivraie ». Une succession de petites scènes nous font vivre le voyage d’Ulysse et la vie et la mort de Jésus. Ulysse est un petit robot rouge, Athéna une minuscule statuette de chouette, les scènes de l’Evangile sont montrées par de petites brindilles ou quelques formes abstraites. Mais ces images sont animées par la voix off d’Ulysse et de Jésus qui disent leurs vies d’une façon que l’on n’a jamais entendue : à la première personne, chacun raconte son histoire avec des mots simples, d’une voix modeste, un peu hésitante, comme on raconte à des amis une histoire qui vous est arrivée. Entendre l’Evangile de cette façon est une expérience étonnante. Rien que pour cela, allez voir le film.

Jacques Champeaux