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Cinéma

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Le Vénérable W.

(France – Suisse, 1 h 40)

Réalisation : Barbet Schroeder et scénario : Barbet Schroeder – Images : Victoria Clay Mendoza – Son : Florian Eidenbenz, Georges Prat – Montage : Nelly Quettier – Musique : Jorge Arriagada – Production et distribution : Les Films du Losange.
Interprétation :
Auteur :

Barbet Schroeder est un réalisateur et producteur suisse né en 1941. Il fait ses études en France et devient assistant stagiaire de Jean-Luc Godard avec lequel il participe à la Nouvelle vague. À 22 ans il fonde la société Les Films du Losange. Ses premières réalisations sont More (1969) et La Vallée (1972) avec la musique des Pink Floyd. Sa filmographie comprend plus d’une vingtaine de titres. Le vénérable W est le troisième d’une trilogie du mal, le premier étant Général Idi Amin Dada, Autoportrait, le second L’avocat de la terreur sur Jacques Vergès. 

Résumé :

Un court métrage précède et explique le film : un voisin de Barbet Schroeder a coupé tous ses arbres, mutilant à jamais le paysage de l’enfance. Pour soigner la haine qu’il éprouve, il repart en Birmanie se replonger dans le bouddhisme, découvert à 20 ans. Il retrouve un pays déchiré par la haine, celle des bouddhistes qui, galvanisés par les discours du vénérable Wirathu, tuent et massacrent les musulmans, au nom de la religion … 

Analyse :



Ce film nous rappelle douloureusement un drame que soit nous ignorons, soit nous ne voulons pas voir, soit nous préférons oublier : le génocide des populations musulmanes en Birmanie, particulièrement la minorité des Rohingyas. Avec détachement et sang-froid, Barbet Schroeder filme les propos glaçants du vénérable (détestable) Wirathu, qu’il nomme par ses initiales. Enrobés dans un discours serein pseudo intellectuel et débités sur un ton d'évidence dans un calme très ... bouddhique ce moine nous assène son fanatisme, ses propos racistes et islamophobes. Il commence par nous dire qu'il a écrit un livre sur les poissons-chats d'Afrique. Tiens ! Un scientifique ! Les poissons-chats étudiés sont très vifs, dit-il, ils se reproduisent très rapidement, essaiment partout, détruisent leur environnement et se mangent entre eux. Et d'ajouter : les musulmans sont comme ça ! Le ton est donné ! Et là on comprend que le personnage rond et sympathique est en fait un petit Hitler en robe de bure orange. Que contrairement aux enseignements de sa religion et de ses maîtres il oublie l'amour et pratique la haine. Qu’il est très dangereux car capable, comme son modèle, de galvaniser les foules par son discours nauséabond qui fait froid dans le dos. Mais plus dangereux encore car il le fait comme on récite une prière, devant des fidèles manipulés et à sa dévotion. Il leur distille la peur, celle de la « disparition de la race », titre d'un de ses ouvrages. Mais si le Bouddha utilisait ces termes il englobait dans sa bonté tous les hommes quels qu'ils soient ! Il parlait de race humaine sans distinction d'origine de religion ou de couleur de peau. La haine qu’avait fuie le réalisateur vient donc se nicher au sein d’une religion connue pour sa tolérance et l’amour du prochain. Le film est riche et complexe ; il est ponctué d'images d'archives, de témoignages qui montrent la genèse d'un mouvement qui n'est pas récent et les atrocités et meurtres, les maisons de musulmans incendiées par milliers, les corps calcinés, les lynchages. Ce documentaire est important par sa portée universelle qui prend toute sa valeur pédagogique à l'heure où les populismes de tout poil fleurissent partout dans notre monde dit "civilisé".

Marie-Jeanne Campana