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Cinéma

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Le cancre

(2016 - France - 1h56)

Réalisation : Paul Vecchiali - Scénario : Paul Vecchiali et Noël Simsolo - Montage : Paul Vecchiali et Vincent Commaret - Musique : Roland Vincent - Photographie : Philippe Bottiglione - Société de distribution : Shellac
Interprétation : Paul Vecchali (Rodolphe) ; Pascal Cervo (Laurent) ; Catherine Deneuve (Marguerite) ; Annie Cordy (Christiane) ; Mathieu Amalric (Boris) ; Françoise Lebrun (Valentine) ; Françoise Arnoul (Mimi) ; Edith Scob (Sarah)
Auteur :

 Paul Vecchiali, ancien collaborateur des Cahiers du cinéma a réalisé son premier film Les Petits Drames en 1961. Ses thèmes favoris – les deux derniers sont évoqués dans Le cancre - sont la peine de mort, les religions, le genre. Il a tourné une cinquantaine de films où transparaît son admiration pour Bresson et Ophüls. Il est l'auteur en 2010 de L'Encinéclopédie consacrée à ses préférés parmi les cinéastes des années 30 qui ont tourné en France.

Résumé :

Rodolphe, vieillissant, vit en solitaire dans une villa sur la Côte d'azur. Il est codirigeant d'une société qui semble battre de l'aile. L'un de ses fils s'installe chez lui dans un studio indépendant. Le jeune homme, qui n'a jamais été très brillant, est au chômage. Il entourera les derniers mois de son père, en supportant tendrement ses sautes d'humeur. Sa présence et la visite d'anciennes relations féminines ravivent les souvenirs du vieillard et le poussent à la recherche de son premier et véritable amour, Marguerite.

Analyse :



Après l'éclatant film Youth de Paolo Sorrentino, Paul Vecchiali décrit une autre forme de solitude dans la vieillesse : le peuple de fantômes des personnes qu'on a désirées et aimées et les traces sans complaisance de ces émotions. D'autres signes de vulnérabilité sont observés. La peur des huissiers, constamment présente chez Rodolphe, dévoile sa hantise de la pauvreté. A chaque nouvelle visite, comme à l'arrivée de son fils Laurent, la question « Viens-tu me demander de l'argent ? » est un leitmotiv ; le vieillard est persuadé que l'intérêt qu'il suscite est dû à l'avidité de ses hôtes. Sa recherche et son exigence vestimentaire témoignent, plus que de dignité personnelle, d'un souci de paraître et de plaire encore malgré le poids des années. Ces détails, signes d'une angoisse de perdre l'amour de ses proches, n'empêchent pas, chez lui, une certaine volonté de surprendre par des phrases définitives, des contre-pieds, qui affirment sa personnalité et testent la constance de l'affection de son interlocuteur.

Les caractères des personnages féminins sont disséqués avec soin. Ces femmes, toutes différentes (en opposition avec le classique « Toutes les mêmes ! »), il les porte encore dans son cœur. Mais les échanges restent superficiels et ne précisent que quelques situations de l'époque de leur jeunesse : les mariages 'obligés', les enfants à paternité incertaine. Seule Marguerite vouvoie Rodolphe. Elle établit ainsi une distance sans nier pour autant l'amour qu'elle a éprouvé dans sa jeunesse. Sa transfiguration dans l'image qu'il va garder d'elle – et que le film nous montre - confirme que ce premier amour, toujours regretté, l'accompagnera jusqu'au bout.

Ces actrices plus que septuagénaires révèlent à l'écran qu'elles ont conservé les dons exceptionnels de leur jeunesse. Catherine Deneuve et même Edith Scob sont éblouissantes.

La relation la plus intéressante concerne le père et son fils, touchant dans sa quête d'affection et son désir d'apporter tout ce qu'il peut donner : un peu de réconfort.

Mais il dit oui avec le coeur

Il dit oui à ce qu'il aime...

Avec des craies de toutes les couleurs

Sur le tableau noir du malheur

Il dessine le visage du bonheur.

 

(Extrait de Le cancre de Jacques Prévert)

Nicole Vercueil