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Cinéma

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Le client (Forushande/ The Salesman))

(Iran, 2016, 2h05)

Réalisation : Asghar Farhadi - Scénario : Asghar Farhadi – Images : Hossein Jafarian – Musique : Sattar Oraki – Production : Memento films
Interprétation : Shabab Hosseini (Emad), Taraneh Alidoosti (Rana), Babak Kaarimi (Babak), Farid Sajjadihosseini (Man)
Auteur :

Asghar Farhadi est né en Iran en 1972. Il obtient d’abord une maîtrise en mise en scène de théâtre avant de se tourner vers la télévision et le cinéma. On lui doit principalement : Les enfants de Belleville (2004), La fête du feu (2006), Une séparation (2011), Le passé (2013). Le client a obtenu le Prix du scénario et le Prix d’interprétation masculine à Cannes en 2016. 

Résumé :

Forcés de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d’importants travaux menaçant l’immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Mais cet appartement a été occupé précédemment par une femme de mauvaise vie.

Analyse :



Après Le passé, réalisé en France, Asghar Farhadi est retourné en Iran pour ce film et est manifestement plus à l’aise à Téhéran qu’à Paris. En dehors du traumatisme normal que peut éprouver un couple dont la femme a été agressée sexuellement, l’intérêt du film réside aussi dans le fait que l’action se passe en Iran. On peut d’abord voir Le Client comme un semi-documentaire sur une ville en transformation et sur ses habitants en perte de repères, évoluant dans des quartiers avec chantiers sans fin, vieux immeubles démolis et buildings en construction. Dans cet univers urbain à la fois moderne et déshumanisé, et dans un contexte d’obscurantisme politique et religieux, Emad et Rana, membres de la classe moyenne éclairée, incarnent une forme de résistance, trouvant dans la culture et le théâtre un dérivatif salutaire. La pièce qu’ils répètent et jouent est Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. ‘Le Téhéran d’aujourd’hui est très proche de New York, tel qu’Arthur Miller le décrit au début de la pièce. Une ville qui change de visage à une allure délirante, qui détruit tout ce qui est ancien, les vergers et les jardins, pour le remplacer par des tours’, explique le cinéaste. Comme dans cette pièce, le film est centré sur la complexité des relations humaines à l’intérieur du couple ainsi qu’entre eux et leurs voisins et leurs amis. Le cinéaste se focalise en particulier sur la tension psychologique au sein du couple : Emad est blessé dans son amour mais surtout dans son amour propre et, peu à peu, il néglige le traumatisme de sa femme pour n'être mû que par la vengeance. Ce qui est impressionnant, c'est combien la parole est puissante entre les hommes, il n'est pas nécessaire d'en venir aux mains pour atteindre son adversaire. Le Client est le récit d’un couple en crise, un drame domestique qui semble faire écho à l’état de l’Iran et on comprend pourquoi l’auteur iranien a dédié à son peuple sa récompense cannoise. 

Jean Wilkowski