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Cinéma

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Le dernier loup

(France/Chine – 2015 – 1 h 55)

Réalisation : Annaud Jean-Jacques – Scénario : Jean-Jacques Annaud, John Collee, Alain Godard, Lu Wei, d’après l’œuvre de Jiang Rong – Montage : Reynald Bertrand – Monteur son : Guillaume Bouchateau, Aymeric Devoldère – Directeur de la photographie : Jean-Marie Dreujou – Décors : Quan Rongzhe – Dresseur d’animaux : Andrew Simpson – Musique : James Horner – Production : Xavier Castano, William Kong, La Peikang, Jean-Jacques Annaud – Distribution France : Mars Distribution
Interprétation : Feng Shaofeng (Chen Zhen), Shawn Dou (Yang Ke), Ankhnyam Ragchaa (Gasma), Yin Zhusheng (Bao Shunghi), Basen Zhabu (Bilig), Baoyingexige (Batu)
Auteur :

Jean-Jacques Annaud est un réalisateur français de 72 ans auteur d’une importante filmographie. Dès son premier long métrage en 1976, La Victoire en chantant, tourné en Afrique, il obtient l’Oscar du meilleur film étranger. Il réalise ensuite pas moins de 12 longs métrages dont les plus connus sont La guerre du feu pour lequel il obtient le César du meilleur film et du meilleur réalisateur, Le nom de la rose, tiré d’un roman d’Umberto Eco, pour lequel il reçoit le César du meilleur film .. étranger, L’ours, pour lequel il reçoit également le César du meilleur réalisateur. En 2004, il réalise Deux frères, puis après deux autres longs métrages Le dernier Loup en 2015.

Résumé :

Nous sommes en 1969 en Chine pendant la Révolution culturelle. Deux étudiants de Pekin sont envoyés en Mongolie intérieure afin d’éduquer les tribus de bergers nomades. L’un deux Chen Zhen s’implique beaucoup dans la vie de ces populations et apprend d’eux ce que la vie à Pekin ne lui offrait pas : la vie difficile dans ces contrées hostiles, la notion de vie en communauté, la liberté, la responsabilité, et surtout le voisinage avec les animaux et en particulier avec le loup, craint et vénéré dans ces steppes. L’administration a décidé d’exterminer les loups de la région et Chen adopte un petit louveteau qu’il élève en cachète. Ce sera le dernier loup.

Analyse :



C’est une magnifique histoire que nous raconte Jean Jacques Annaud, qui nous fait retrouver notre âme d’enfant, lorsqu’on vibrait avec la panthère Bagheera ou quand on regardait avidement les épisodes de Belle et Sébastien. Ici nous ne sommes pas dans une série télévisée, mais dans un grand film qui a utilisé des moyens extraordinaires, au vrai sens du terme, pour nous séduire. Deux cents chevaux, des centaines de moutons, et surtout vingt cinq loups dressés pendant trois ans qui se révèlent être d’excellents acteurs. Les moyens utilisés sont à cette démesure. Annaud a même employé des drônes et parfois jusqu’à cinq caméras pour filmer la course des loups. Les somptueux paysages de Mongolie intérieure, remarquablement cadrés, aux courbes sublimes, ajoutent à la féerie du film. Annaud ne fait pas d’anthropomorphisme, comme certains critiques aiment à l’affirmer. Les animaux sont montrés dans toute leur cruauté : on ne peut oublier cette magnifique scène nocturne d’attaque par les loups des chevaux qu’ils poussent jusque vers un lac gelé où ils s’enlisent, les scènes filmées dans un impressionnant blizzard, les images saisissantes de beauté de ces bêtes prises dans la glace la terreur figée dans leur regard. Annaud nous conte donc une histoire sauvage avec une mise en scène grandiose qui ne manque pas de souffle et qui nous fait oublier ce que le film pourrait avoir de naïf, avec une petite histoire d’amour à laquelle on ne croit pas trop et qui n’ajoute rien, donc qui aurait pu être évitée, ou les bons sentiments qu’il peut parfois véhiculer.

Ce film est l’adaptation d’un livre de Jiang Rong qui s’est vendu en Chine à plus de 20 millions d’exemplaires, la plus grosse vente depuis Le Petit Livre rouge de Mao. Ce qui est assez surprenant car la critique du régime est bien sous jacente et Annaud reprend gentiment cette ironie par des cadrages sur les gens de l’administration et des couleurs qui rappellent les affiches de propagande. C’est bien cette administration aveugle qui ordonne l’extermination des loups, rompant un équilibre naturel que les mongols avaient patiemment établi avec ces prédateurs. Les préoccupations écologiques du réalisateur sont clairement exprimées, ce qui a pu en agacer certains. Mais pourquoi bouder notre bonheur devant une œuvre émouvante, magnifique, qui nous émerveille et nous fait rêver, ce qui n’est pas si fréquent au cinéma !

Marie-Jeanne Campana