Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Le disciple (Uchenik)

(Russie, 2016, 1h58)

Réalisation : Kirill Serebrennikov - Scénario et dialogues de Kirill Serebrennikov (d’après une pièce du dramaturge contemporain allemand Marius Von Mayenburg, Le martyr) - Musique : Ilya Demutsky - Photo : Vladislav Opelyants - Montage : Yury Karik - Décor : Ekaterina Scheglova - Son : Boris Voyt - Production : Hype Film - Distribution France : ARP Sélection
Interprétation : Piotr Skvortsov (Benjamin-Veniamin), Julia Aug (sa mère), Victoria Isakova (Elena Lvovna), Aleksandr Gorchilin (Gricha), Alexandra Revenko (Lidia).
Auteur :

Kirill Serebrennikov est né en 1969 à Rostov-sur-le-Don (URSS-Russie) et est diplômé de sciences physiques. Après sa premier fiction, en 1998,  Jouer les victimes, il a réalisé Jour sans fin à Yuriev (2008), Cinq histoires d’amour (2009) et L’adultère (2012). Deux documentaires, Oleg Tabakov. Réflexion et Mark Zakharov. Voyage ont salué en 2010 deux metteurs en scène et acteurs fameux. Le disciple a reçu le Prix François Chalais à Cannes en 2016.

Résumé :

Benjamin, un adolescent mal dans sa peau, qui est élevé par sa mère seule, glisse peu à peu dans le fondamentalisme chrétien orthodoxe. Non aux filles, non à la science : la Bible répond à tout. Pour les adultes, y compris la professeure d’histoire, c’est une révolte adolescente qui déconcerte. Mais pour Elena, professeure de biologie, il faut répondre à ce bras de fer violent et vital.

Analyse :



Le film transpose une problématique écrite pour la société allemande à la société russe : le processus de radicalisation d’un lycéen qui traverse une crise et se transforme en un dangereux intégriste (orthodoxe). Ayant peur des filles et de sa propre sexualité, Benjamin se bat d’abord pour faire interdire le bikini à la piscine.  Arrogant et manipulateur, il fait un procès permanent à sa mère, qui l’élève seule, et décide, à coup de citations de La Bible qu’il cite hors contexte, de reprendre en main les valeurs morales. « La Bible, c’est mon glaive », dit-il. Misogyne, homophobe et antisémite, le jeune homme a pour ennemi juré sa professeure de biologie, Elena Lvovna, qui essaie, en vain, de le combattre sur son propre terrain. Elle n’est malheureusement aidée ni par la direction du lycée, ni par ses collègues : à côté du thème de la radicalisation, Serebrennikov dénonce la passivité, l’irresponsabilité et la lâcheté des adultes. Pope, proviseure et professeur d’éducation physique ne pensent qu’à leurs propres intérêts. Et c’est même Elena qui devient « un problème » ! Face à cette histoire très dérangeante, excellemment interprétée et filmée, on pense  à la société française et à certains comportements à l’école. Bienvenues, quelques scènes pleines d’humour permettent de reprendre haleine de temps à autre. Gros plans, plans séquences, contre-plongée, travellings…, Serebrennikov varie ses effets. La musique de cordes accroît les moments de tension ; un chœur accompagne le drôle de chemin de croix de Benjamin, qui porte aussi ses écouteurs. Du grand art ! 

Françoise Wilkowski-Dehove