Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Le fils de Jean

(France/Canada – 2016 – 1h38)

Réalisation : Philippe Lioret - Scénario (d’après l’œuvre de Jean-Paul Dubois) : Philippe Lioret – Photo : Philippe Guilbert – Montage : Andrea Sledackova – Son : Jean-Marie Blondel – Distribution France : Le Pacte
Interprétation : Pierre Deladonchamp (Mathieu) – Gabriel Arcand (Pierre) – Catherine de Léan (Bettina, fille de Pierre) – Marie-Thérèse Fortin (Angie, la femme de Pierre), Pierre-Yves Cardinal (Sam) - Patrick Hivon (Ben)
Auteur :

Né en 1955 à Paris, c’est d’abord en tant qu’ingénieur du son que Philippe Lioret se fait connaître dans le monde du cinéma. Il réalise son premier long-métrage en 1993 (Tombés du ciel) puis suivront, entre autres, Mademoiselle (2001), L’équipier (2004), Je vais bien ne t’en fais pas (2006), Welcome (2009) et Toutes nos envies (2010).

Résumé :

À trente-trois ans, Matthieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu'il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Matthieu décide d'aller à l'enterrement pour les rencontrer et, à défaut de revoir son père, retrouver comme une famille. Mais, à Montréal, personne n'a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

Analyse :



L’intérêt de ce film tient bien sûr à son thème, la filiation, qui semble être particulièrement présent dans les productions récentes. Mais c’est son traitement par Ph. Lioret qui est remarquable. Cette recherche de son père par Matthieu est parsemée de signes infimes qui ne prendront sens qu’a posteriori, conduisant le spectateur à échafauder au fur et à mesure des hypothèses qui s’effondreront ou se transformeront peu à peu. Qui aime se faire mener en bateau sera satisfait… Mais il y a plus que cela. Au service de ces révélations successives, les acteurs confèrent aux personnages une épaisseur humaine très convaincante, que ce soit Pierre, l’ami de Jean qui l’a prévenu de son décès, et sa famille (dans la bienveillance) ou les demi-frères de Matthieu (dans la cupidité et le cynisme). On peut être particulièrement impressionné par le jeu de la femme de Pierre. Elle n’apparaît que dans quelques scènes mais des scènes clefs. Tout de suite hospitalière à l’égard de ce jeune homme dont tout le monde ignorait l’existence, ne sachant pas que Jean avait un troisième fils, elle est prête à l’accueillir. Ce qu’elle fait, dans un moment de leur vie familiale plein de sérénité, avec Pierre au piano montrant à ses petites-filles comment s’y prendre. Lorsque, sur le chemin de l’aéroport où Matthieu va s’embarquer pour son retour en France, elle le regarde et regarde Pierre, son visage silencieux montre la surprise, l’inquiétude puis la certitude, sans qu’un mot ne soit dit.

Quelle idée forte aussi que ce tableau représentant le visage d’un jeune homme les yeux levés d’un air interrogateur ! Ce cadeau que Jean a laissé à son fils, a une grande portée symbolique. Peint par un « anonyme » au 19° siècle, il est « sans père », et renvoie Matthieu à la première partie de son existence, sans père. L’interrogation, sur le visage peint, est celle de Matthieu…

C’est donc avec beaucoup de discrétion et par petites touches que l’on approchera d’une vérité qui n’aura pas été assénée mais aperçue peu à peu à travers des relations humaines très intenses.

Maguy Chailley