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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le médecin de famille (Wakolda)

(France,Argentine, Espagne, Norvège – 2013 – 1h33)

Réalisation : Lucia Puenzo - scénario: Lucia Puenzo – Directeur de la photographie : Nicolas Puenzo – Décors : Stéphane Cressend – Montage : Hugo Primero – Distribution : Pyramide Distribution
Interprétation : Alex Brendemühl (Josef Mengele), Natalia Oreiro (Eva), Diego Peretti (Enzo), Elena Roger (Nora Edloc), Florencia Bado (Lilith)
Auteur :

La trentaine, fille du cinéaste et producteur argentin Luis Puenzo, Lucia Puenzo réalise son premier court-métrage XXY pour lequel elle obtient à Cannes le Prix de la Semaine Internationale de la Critique en 2007. Le médecin de famille, son second film, a été sélectionné en Compétition officielle du Festival de Cannes 2013.

Résumé :

En 1960, une famille d’origine germanique, installée en Patagonie, se lie avec un médecin allemand, qui s’intéresse à la croissance de la fillette et aux jumeaux attendus par la mère, sans se douter qu’il s’agit du docteur nazi Mengele en fuite sous un nom d’emprunt.

Analyse :



Le médecin de famille est souvent la personne de confiance à qui on n’hésite pas de recourir pour les bobos des enfants, les problèmes de santé plus sérieux et même les conseils utiles dans les relations familiales. En 1960, Helmut Gregor, médecin allemand rencontré sur le trajet de sa nouvelle installation en Patagonie par une famille de même origine, a l’air avenant et connaît son métier. Il ne cache pas son intérêt, aux limites de la séduction, pour Lilith, douze ans, et son retard de croissance, et pour la maman Eva qui attend des jumeaux. La montée en puissance de l’angoisse chez le spectateur est gérée avec beaucoup d’adresse par la réalisatrice : dès les premières images, la confiance de Lilith en son nouvel ami est totale ; à la manière de ces escrocs qui s’empare d’une famille trop crédule, Grégor-Mengele, tout en restant aimable et prévenant, enveloppe chacun dans sa toile, prêt à en extraire les résultats qui lui permettront de nourrir la suite de ses recherches. Même Enzo, le père, pourtant plus méfiant à l’origine, se laisse convaincre de transformer, grâce à l’investissement du médecin, son artisanat d’objets en bois en usine de fabrication de clones de la poupée qu’il a faite pour Lilith.

Dans cette usine, les images impressionnantes de jouets aux yeux vides en cours de montage, de membres entassés, d’assemblages dans l’indifférence, font référence aux camps de concentration où Mengele travaillait froidement à ses expériences sur les enfants. Et la Deutsche Schule où Lilith fait ses études, avec son système d’éducation sévère et soupçonneux sous le drapeau nazi, met en évidence l’endoctrinement qu’ont subi les jeunes Allemands.

Il s’agit d’une fiction, tirée d’un roman bâti sur des évènements véridiques et écrit par la réalisatrice. Nora Eldoc, jeune israélienne des services secrets qui enquêtait dans la région de Bariloche camouflée sous un faux nom lorsque Mengele s’y trouvait aussi, figure dans le film ; les circonstances de son décès survenu peu après n’ont pas été élucidées. Lui-même a vécu impunément de nombreuses années comme pharmacien à Buenos Aires avant de fuir au Paraguay.

La splendeur du cadre – étendues sauvages de la Patagonie, montagnes, lacs, hôtel-chalet d’ Eva et Enzo – semble écraser davantage encore la famille envoûtée. Ces paysages, qui cachent les méfaits pervers des nazis, peuvent évoquer, sous la recherche de la race pure idéalisée par Hitler, l’abjection de la purification ethnique.

Nicole Vercueil