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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le mystère Jérôme Bosch

(France-Espagne, 2016, 1h26) (Documentaire)

Réalisation : José Luis Lopez-Linares - Photographie : José Luis Lopez-Linares – Scénario : Cristina Otero-Roth - Son : Juan Carlos Cid Torrejon - Montage : Cristina Otero-Roth - Distribution : Epicentre
Interprétation :
Auteur :

Connu et apprécié dans le monde du cinéma espagnol pour ses qualités de directeur de la photographie (plus d’une quinzaine de films), mais aussi de mixeur. Depuis 1997 il réalise des documentaires en Espagne dont un sur Buñuel. Son idée de filmer au sein du Musée du Prado (Madrid) l’amène à s’intéresser au fameux triptyque du peintre hollandais Jérôme BOSCH, Le Jardin des Délices.

Résumé :

En 2016 est commémoré le cinquième centenaire de la mort du peintre (1450-1616). On situe l’exécution du Jardin des Délices  entre 1490 et 1505. Parmi les autres tableaux célèbres de Bosch, citons : La Nef des fous, Le Chariot de foin, La Tentation de Saint-Antoine. A ce titre, le réalisateur a posé ses caméras devant le célèbre triptyque dont s’enorgueillit le Prado, en s’entourant de certaines personnalités internationales des Arts et des Lettres.

Analyse :



Une foule attentive et de tous âges, de toutes conditions sociales, est filmée dans la contemplation du chef-d’œuvre de l’art primitif flamand. Auparavant, nous avons assisté à l’ouverture solennelle du triptyque. Le volet de gauche représente Adam et Eve en compagnie de Dieu, c’est le Paradis terrestre. Le volet de droite montre les tourments de l’Enfer. Et au centre, le thème principal de l’œuvre, un jardin délicieux, objet de tous les regards et de toutes les interrogations. En effet, Paradis et Enfer sont en eux-mêmes suffisamment explicites. Mais le panneau central, qui semble évoquer « le monde avant le Déluge » est un foisonnement de personnages, hommes et femmes nus qui s’enchevêtrent, s’enlacent, dans des poses impudiques et osées. Les animaux sont également très nombreux, certains très réalistes (un beau lapin blanc) ou imaginaires et chimériques (cheval à tête de chat). Le paysage est constitué de fruits énormes, aux couleurs rutilantes ! L’immense symphonie visuelle, où la caméra va nous guider, devient palpitante à notre regard. En voix off et in, les impressions, les commentaires et les hypothèses fusent de la bouche de l’écrivain anglo-iranien Salman Rushdie, du philosophe français Michel Onfray, de l’acteur japonais Guo-Quiang Cai et de hauts responsables du Musée ainsi que d’autres lieux d’exposition dans le monde. La musique (Bach, airs Renaissance et baroque) est bien présente, sans être appuyée : elle est une ponctuation. En allant voir ce film, on part à la découverte d’une œuvre singulière, inspirée de visions apocalyptiques et tout imprégnée de pensées érotiques et sexuelles. Nous sommes au cœur de la question de l’acte créatif, et de ce qui l’engendre. Quelles étaient les motivations du peintre ? A-t-il voulu passer un message ? Et les figures humaines, animales, végétales de ce curieux jardin, seraient-elles le fruit de rêves et de cauchemars obsessionnels qui ont hanté ses nuits ? Cette vision terrestre, trop terrestre, de l’Humanité n’annonce-t-elle pas en fait pas sa fin ? Le tableau - probablement de jeunesse – n’est pas signé, et on n’en connaît pas le ou les commanditaires. Des Pays-Bas il est arrivé en Espagne, à l’Escurial au temps de Philippe II (1570), après avoir été la propriété de Guillaume d’Orange et avoir été confisqué en 1567 par le duc d’Albe…Quelle aventure au travers de cette oeuvre d’art, qui nous plonge dans le monde étrange de l’Imaginaire ! Cet excellent documentaire nous aide à regarder et nous procure matière à rêver.  

Alain Le Goanvic