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Cinéma

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Le pont des espions (Bridge of Spies)

(Etats-Unis/ 2015/ 2h21)

Réalisation : Spielberg Steven - Scénario : Matt Charman, Etan and Joel Cohen - Photo : Janusz Kaminski - Décors : Adam Stockhausen - Costumes : Kasia Walicka-Maimone - Montage: Michael Kahn - Musique : Thomas Newman - Producteurs: Kristie Macasko-Krieger, Steven Spielberg, Marc Platt - Distribution France : 20th Century Fox France
Interprétation : Tom Hanks (Jim Donovan), Mark Rylance (Rudolf Abel), Scott Shefferd (Hoffman), Amy Ryan (Mary Donovan), Sébastian Koch (Wolfgang Vogel), Austin Stowell (Francis Gary Powers), Peter Mc Robbie (Allen Dulles), Mikhaïl Gorevoy (ivan Shishkin), Will Rogers (Frederic Pryor)
Auteur :

Acteur, scénariste, réalisateur et producteur, Steven Spielberg est né dans une famille juive à Cincinnati, Ohio (USA) en 1946. Il obtient un prix pour un film de guerre ... à 13 ans ! Après Duel (1971), il réalise, à 29 ans, le premier blockbuster de l'histoire,  Les dents de la mer (1975). Sa filmographie se divise en cinéma de divertissement - Rencontres du 3ème type (1977), Les aventuriers de l'arche perdue (1981), Indiana Jones (1989), Jurassic Park (1993) -- et en films sérieux, basés sur l’Histoire : La couleur pourpre (1985), La liste de Schindler (1993), Munich (2005), Lincoln et Cheval de guerre (2012 )

Résumé :

Au début des années 1960, en pleine Guerre froide entre les USA et l'URSS, un avocat d'assurances américain, Jim Donovan, se voit confier la lourde tâche de défendre un espion soviétique, Rudolf Abel. Il gagne la confiance de ce dernier et une certaine amitié se noue entre eux. Alors que son client risque la chaise électrique, Donovan convainc le tribunal de le garder vivant pour l'échanger le cas échéant contre un Américain. Or, un avion espion U2 qui filmait le territoire soviétique est abattu et son pilote fait prisonnier à Moscou.

Analyse :



S’appuyant sur des faits réels, Steven Spielberg revient sur quelques pages de la petite Histoire humaine et de la Grande Histoire, avec beaucoup d’intelligence et d’humour, un scénario fluide et une mise en scène époustouflante : deux heures d’extrême plaisir. Le réalisateur s’offre en prime un happy end un peu inutile mais bien dans la tradition d’Hollywood. Saluons deux acteurs magnifiques : Tom Hanks, en Américain moyen, fidèle à ses convictions et le Britannique Mark Rylance, en patriote soviétique parfaitement désintéressé. Le film s’ouvre sur une scène magistrale avec l’arrestation d’un petit homme à lunettes, plutôt insignifiant, surpris en train de peindre son autoportrait. La peinture servait de couverture à Rudolf Abel, toujours vivant et célèbre en Russie. La première partie du film se déroule aux Etats-Unis dans une société marquée par l’affrontement des idéologiques est-ouest,  le maccarthysme et l’affaire Rosenberg : Jim Donovan se heurte à la haine populaire à l’encontre des « rouges », non seulement dans sa profession mais aussi dans sa famille. Subtilement un deuxième récit s’insère, celui de pilotes-espions GI envoyés depuis le Pakistan au-dessus du territoire soviétique. Le film se poursuit alors aussi à Moscou et à Berlin, où l’on assiste à la construction du Mur (1961) et où l’ex-avocat d’assurances devient héroïque et se transforme en un diplomate de haute volée, contournant les bisbilles internes au camp du Rideau de fer tout autant que la mesquinerie de la bureaucratie américaine, jusqu’à la scène, vue et revue, du Pont des espions.  La reconstitution réaliste de Berlin en ruines rappelle Billy Wilder et Rossellini. Et l’élévation du Mur est l’occasion de dénoncer la répression communiste, ce qui n’est pas gratuit dans le contexte tendu des relations internationales en 2016. Quelques scènes amusantes sont bienvenues, notamment avec l’étonnante réplique d’Abel, « would it help ? » (cela aiderait ?), un écho de la formule de Bartleby (« I would prefer not to », je préférerais ne pas), le héros philosophe de Melville.  Le Pont des espions marie à merveille sujet d’histoire et divertissement.

Françoise Wilkowski-Dehove