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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le premier homme

(France/Italie/Algérie- 2013 – 1h41)

Réalisation : Gianni Amelio – Scénario : Gianni Amelio d’après l’œuvre de Camus -Image :Yves Cape – Son : François Waledisch – Montage : Carlo Simeoni – Musique : Franco Piersanti - Producteurs : Bruno Pésery, Philippe Carcassonne
Interprétation : Jacques Gamblin – Catherine Sola –Maya Sansa –Denis Podalydès – Nicolas Giraud
Auteur :

Gianni Amelio, né en 1945 dans la province de Catanzaro,  Issu d’une famille d’émigrants il est hanté par la recherche du père et la place des enfants dans la société. Après de nombreux téléfilms il réalise sa première fiction en 1982 :Colpire al cuore.
Les enfants volés en 1992 est récompensé au Festival de Cannes avec le Grand Prix du Jury et le Prix du Jury Oecumenique. Prix spécial de la mise en scène à Venise en 1991 pour Lamerica et Lion d’Or à Venise en 1998 pour Mon frère.

Résumé :

Jacques Cormery, un homme de 40 ans devenu écrivain célèbre, décide de revenir en Algérie son pays natal afin de se remémorer son enfance.  Il rend visite à sa mère qui demeure à Alger. La ville est en état de guerre. Il se souvient de ses années d'écolier et de collège, de ses amis européens et arabes.

Analyse :



C’était un risque de transposer au cinéma un roman dont tout le monde sait qu’il était une ébauche d’un long travail d’écriture tragiquement interrompu. Ce roman inachevé, s’il est effectivement écrit par Albert Camus et  relate divers épisodes de sa jeunesse, proposait au lecteur le personnage fictif d’un certain Jacques Cormery. Cette distanciation à la troisième personne peut s’interpréter de plusieurs manières. Elle permettait en tous cas une grande liberté de création au « metteur en scène ». Gianni Amelio a usé de cette liberté avec un profond respect pour le célèbre écrivain français. Mais il a doublé l’ambiguïté en se considérant lui même très proche de ce Cormery, comme en écho à son propre cheminement : père absent, élevé entre deux femmes, enfance pauvre, promotion favorisée par un enseignant. C’était un peu, a t il déclaré, comme s’il écrivait sa propre autobiographie avec l’alibi de parler de quelqu’un d’autre ! Alors, de sa Calabre il a traversé la Méditerranée, avec techniciens et acteurs , vers une Algérie que très peu d’entre eux connaissaient. Le choc de cette transplantation semble avoir favorisé ce rythme de déroulement tranquille et ce climat de découverte nostalgique que d’aucuns reprochent au film. On a l’impression qu’en fait, quelle que soit la place qu’Amelio a voulu consacrer  aux prises de position politiques de Camus en prolongeant l’œuvre écrite dans l’actualité, c’est en remontant vers l’enfance de Jacques Cormery qu’il a touché les spectateurs. Particulièrement les « pieds-noirs » qui ont bien perçu, dans plusieurs séquences, au delà de l’émotion des sens,l’image tragique de cette terre  où se côtoyaient sans jamais s’assembler deux peuples qui , dit-on , étaient faits pour s’entendre .
Comme le dit crûment le vieux colon de Mondovi à Jacques venu recueillir  quelques traces de son père : « On est fait pour s’entendre. On va encore un peu se tuer, se couper les couilles et se torturer.Et puis on recommencera à vivre entre hommes.C’est le pays qui veut ça ! »(cf. p. 168 du livre !) Et comme le dit superbement Catherine Sola (la mère) qui refuse de s’exiler « la France c’est beau, mais y a pas les Arabes »

 Jacques Gamblin porte sur son visage ce déchirement. Cette réserve, cette retenue dans son corps comme dans ses paroles, cette façon inquiète d’observer les choses et les gens. Ce Cormery derrière lequel se cachait l’écrivain est devenu par la sensibilité de l’acteur ce Camus tel qu’il reste dans notre mémoire : un homme partagé, entre l’Algérie et la France, entre l’Envers et l’Endroit, l’Exil et le Royaume…..sa mère et  la justice.

(Jean Domon)