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Cinéma

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Le prochain film

(France - 2013 – 1h20)

Réalisation : René Féret - Scénario : René Féret - Image : Tristan Tortuyaux - Montage : Fabienne Féret - Musique : Marie-Jeanne Serero - Distribution France : JML Distribution
Interprétation : Frédéric Pierrot (Pierre Gravet) - Sabrina Seyvecou (Sara) - Antoine Chappey (Louis Gravet) - Marilyne Canto (Suzanne) - Marie Féret (Marie Gravet)
Auteur :

René Féret utilise ses propres expériences et certains moments-clés de sa vie dans chacune de ses œuvres ; en particulier, dans son premier film, l'Histoire de Paull (1975) qui reçoit le prix Jean Vigo, où il retrouve les émotions de son séjour en hôpital psychiatrique. lLes frères Gravetl, film tourné en 1995 et sorti seulement en 2005 à la télévision, l'a amené à créer sa propre société de distribution.

Résumé :

Une tranche de la vie d'un réalisateur, qui regorge d'idées, mais n'est pas toujours suivi par les producteurs. Son épouse et son frère, acteurs tous les deux, sont aussi à la recherche de rôles qui leur conviendraient, et espèrent faire partie de l'un au moins de ses nombreux projets.

Analyse :



Deux scènes au début du film paraissent remarquables. L'ouverture se fait sur l'accueil du réalisateur Pierre Gravet dans une salle de cinéma où il va présenter son dernier film. Le directeur de la salle (interprété précisément par René Féret) et les interventions du public sont tellement négatifs que Gravet en sort furieux après la clôture du débat. L'autre scène est tirée d'une expérience réelle : un réalisateur entend dire de l'acteur Louis Gravet qu'il est divertissant en compagnie de ses amis ; il lui propose de jouer dans un film comique, mais la conversation s'enlise et rien n'aboutit ; l'entrevue est naturelle, les interlocuteurs emplis de bonne volonté ; les espoirs, les hésitations, les doutes, font penser à un documentaire et donnent le ton de la suite.

René Féret avoue « C'est un film qui m'a échappé » : pas de scénario préétabli, un récit qui se construit à mesure. Deux caméras sont placées pour chaque scène, et, sous ce double regard, les acteurs improvisent leurs dialogues, font évoluer les situations. Le résultat est que le spectateur s'attache aux personnages qui lui deviennent, au fur et à mesure, de plus en plus familiers et se reconnaît dans les problèmes quotidiens d'une famille dont les difficultés principales sont de trouver des emplois malgré la précarité des métiers d'intermittents du spectacle. Car il s'agit d'une affaire de famille d'artistes : le personnage principal, Pierre, est un réalisateur peu distribué, son épouse Sara, nettement plus jeune, une actrice, Marie, sa fille d'un premier lit, une musicienne, son frère Louis, un acteur légèrement dépressif, sa belle-sœur Suzanne, une éditrice. Féret, là encore, y a mis du sien : sa propre fille aînée interprète Marie, et son épouse est au montage. Même le film qu'il visionne avec ses enfants est une de ses œuvres.

La musique originale de Marie-Jeanne Séréro est une composition pour piano, discrète, un peu mélancolique, inspirée de Satie.

Féret n'est pas le seul cinéaste a céder à la tentation de mettre en scène son métier. On pense à Pater, le film d'Alain Cavalier sorti à Cannes en 2011. Le naturel qu'on trouve dans Le prochain film procède de mécanismes analogues à ceux utilisés dans Pater : pas d'équipe technique, large place à l'improvisation, intimité des lieux, situation ‘familiale'. Une parenté est évidente, même si le thème reste d'un autre ordre. On pourrait rappeler Fellini et son film Huit et demi (1963) qui relatent aussi l'angoisse du réalisateur qui n'arrive plus à créer. Mais dans ce cas les procédés sont tellement éloignés que l'univers du film nous paraît à des années-lumière.

Nicole Vercueil