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Cinéma

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Le redoutable

(France – 2017 – 1h47)

Réalisation : Michel Hazanavicius - Scénario : Michel Hazanavicius - Montage : Anne-Sophie Bion – Photo : Guillaume Schiffman – Son : Nicolas Bouvet – Décors : Christian Marti- Distribution : StudioCanal
Interprétation : Louis Garrel (Jean-Luc Godard), Stacy Martin (Anne Wiazemski), Bérénice Béjo (Michèle Rosier), Micha Lescot (Bambam), Grégory Gadebois (Cournot)
Auteur :

Né en 1967, réalisateur, scénariste, producteur, monteur. Il est connu du grand public pour la réalisation de deux parodies de films d’espionnage : OSS 117 : Le Caire nid d’espions (2006) et OSS117 : Rio ne répond plus (2011). Sa carrière atteint un sommet inattendu et justifié avec The Artist, qui a remporté plus de cent récompenses (dont deux Oscars). The Search, présenté à Cannes en 2014, déçoit.

Résumé :

Librement adapté d’Un an après, récit autobiographique d’Anne Wiazemski, femme de Godard, le scénario retrace un moment crucial de la création godardienne. « Mozart est mort à 35 ans. Les artistes devraient tous mourir à 35 ans, avant de devenir de vieux cons ». Godard aurait dit cette phrase-sentence à 37 ans (l’année de La Chinoise) et Louis Garrel qui l’incarne dans ce film la répète mot pour mot ! Le Redoutable est l’histoire d’un naufrage amoureux sur fond de doute existentiel. Un hommage irrévérencieux non dénué d’humour.

Analyse :



Le titre du film vient d’une phrase empruntée à une émission de télévision (entendue dans le film) sur le sous-marin français : « Ainsi va la vie à bord du Redoutable » décrivant le quotidien des sous-mariniers. Nous sommes en 1967-1968. Le couple est confronté aux troubles de l’époque (engagement et manifs dans la rue, arrêt du Festival de Cannes), mais le centre d’intérêt est le personnage Godard qui vit une période de dépression allant jusqu’au rejet de ses propres films. Le portrait en creux et distancié révèle des difficultés psychologiques avec son -nvironnement et le cinéaste se montre injuste, outrancier, inamical. On le voit à sa façon de traiter Michel Cournot (dont il raille Les Gauloises bleues) et Bernardo Bertolucci, le jeune et prometteur cinéaste italien, pourtant pétri d’admiration envers lui.

Mais que dire de ce film, sinon qu’il est un peu décevant car trop extérieur au génie créateur. Le récit se nourrit de plein d’anecdotes relevées dans le récit d’Anne Wiazemski. Le discours antibourgeois amènera Godard à rêver d’un cinéma militant visant à bousculer les idées dominantes (du capitalisme). Et à retrouver l’enthousiasme révolutionnaire de l’avant-garde russe des années 20. L’admiration d’Hazanavicius est sous-jacente, celle qui reconnaît le cinéaste qui aura marqué le cinéma français et mondial, à la fois par sa créativité et sa réflexion permanente sur le Septième Art. Mais cet épisode de quelques années de dérive et de recherche désespérée donnera naissance à une phase autrement plus féconde. La mort symbolique du héros est une simple (et convenue) métaphore de la transformation à venir. Nous le savons grâce au recul de cinquante ans … mais qui s’intéresse encore à Godard, 87 ans cette année ?

Alain Le Goanvic