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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le sel de la terre (The Salt of the Earth)

(France – 2014 – 2h08)

Réalisation : Wenders Wim et Salgado Juliano Ribeiro - Scénario : Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado - Photo: Hugo Barbier, JR Salgado– Montage : Maxime Goedicke, Rob Myers - Son : Régis Muller –Musique : Laurent Petitgrand - Distribution : Le Pacte
Interprétation : Sebastiao Salgado
Auteur :

Photographe, scénariste, producteur, cinéaste, sa filmographie est assez impressionnante, de L’angoisse du gardien de but avant le penalty 1971 à Pina 2011, en passant par Paris, Texas 1984 (Palme d’or Cannes), les Ailes du désir 1987 (Prix de la mise en scène Cannes). Il se distingue aussi par ses qualités de documentariste : Nick’s Movie (sur le cinéaste Nicholas Ray), Tokyo-Ga (hommage à Ozu), Buena Vista Club, Pina (hommage admiratif à Pina Bausch), et maintenant The Salt of Earth présenté à Cannes 2014 (Prix Spécial « Un certain regard », Mention Jury Œcuménique).

Résumé :

Depuis quarante ans, le photographe Sebastiao SALGADO parcourt les continents sur les traces d’une humanité en pleine mutation. Il a témoigné des évènements tragiques qui ont marqué notre histoire récente : famine, épidémies, exode, guerres. Sa vie et son travail nous sont révélés par les regards croisés de son fils, Juliano, et de Wim Wenders.

Analyse :



« Vous êtes le sel de la terre » (Matthieu -5, 13), dit le Christ, s’adressant à ses disciples. La référence à l’humain parcourt tout le film.

Documentaire hors norme : toute une première partie est consacrée aux photos anciennes de Sebastiao SALGADO, dont certaines sont connues dans le monde entier. Grâce au cinéma, ses photos, en noir et blanc, grand format, nous sont restituées avec sensibilité, pertinence, vénération même.

Regroupées par thèmes : mine d’or de Serra Pelada, famine et choléra en Ethiopie, massacres du Rwanda, guerre en ex-Yougoslavie, elles sont un plaidoyer pour le genre humain. La voix off de Wim sur ton de confidence distanciée raconte le choc du réalisateur allemand devant la photo expressive et émouvante d’une vieille aveugle, photo de Salgado qui a éveillé sa passion de la photographie, avant même celle du cinéma. La passion de l’image a, de fait, irradié toute sa vie de cinéaste. Le présent documentaire va plus loin qu’une rétrospective de l’œuvre monumentale de Salgado. En amateur éclairé et passionné d’images, le réalisateur fait un vibrant hommage au photographe, lequel a témoigné des souffrances humaines, et de la dignité de la condition humain.

Tout le travail de décryptage des photos a été fait en collaboration avec le fils de Salgado, Juliano Ribeiro. La première photo, qui inaugure la rétrospective, est celle d’une nuée de gens qui vont chercher de l’or dans une mine aux contours immenses. Plan général de la photo, remarquablement composée, puis une succession de plans rapprochés, où l’on voit des corps courbés qui escaladent des échelles de fortune, dans la poussière, et la confusion entre ceux qui montent et ceux qui descendent. La mine prend vie sous l’effet de la caméra, le cinéma est au service de la photo en la magnifiant !

Que dire devant les clichés faits en Ethiopie, où apparaît toute la détresse du monde ? Corps faméliques, réduits à l’état de squelette, rampant à la recherche d’une goutte d’eau…mère penchée sur son enfant mourant… bûchers improvisés de cadavres. Inoubliables sont les regards captés par le photographe, yeux exorbités, yeux interrogateurs, yeux réclamant désespérément la compassion, l’aide immédiate. Salgado raconte qu’un jour, n’en pouvant plus d’être confronté à tant d’horreurs, il a décidé de poser son appareil, de ne plus prendre de photos. Traversée du désert de la création. Plus tard, il acceptera de revenir à son métier, à sa passion, en se consacrant à la reprise de la ferme du grand-père Salgado, perdue dans la sécheresse du Nordeste brésilien. En quelques années, grâce à la plantation de milliers d’arbres, et au retour des cultures, la ferme et ses environs reviennent à la vie. Photos magnifiques venant en contrepoint des albums sur la famine, la guerre en Bosnie, le génocide rwandais. Son projet Genesis, découvrir des civilisations inconnues, met toujours l’humain au centre de ses préoccupations.

Alain Le Goanvic