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Cinéma

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Le souffle (Ispytanie)

(Ispytanie, Russie, 2014, 95 minutes) - Autres traductions : L’essai, Le test

Réalisation : et scénario : Alexander Kott - Photo : Levan Kapanadze - Décors : Eduard Galkin - Musique : Alexei Aïgi - Son : Filipp Lamshin - Montage : Karolina Maciejewska - Producteur général : Igor Tolstunov - Distribution Russie : Nashe kino - Distribution France : ZED.
Interprétation : Elena An (Dina), Danila Rassomakhin (Maxim), Karim Pakachanov (Tolgat), Nariman Bekbulatov-Areshev (Kaizyn).
Auteur :

Né à Moscou en 1973, Alexander Kott a d’abord fait ses études de réalisateur au VGIK à Moscou, avant de suivre une master class à Cracovie avec Andrzej Wajda. Après que ses courts métrages ont reçu de nombreux prix dans les festivals nationaux et internationaux , il réalise en 2001 son premier long métrage, Deux chauffeurs, puis, en 2010, une fresque épique, La bataille de Brest-Litovsk. En 2011, il participe à la réalisation d’une comédie à succès, Les sapins de Noël -2. En 2012, il réalise Une couvée de poule et en 2014 Le souffle.

Résumé :

Dans la république du Kazakhstan, à l’époque soviétique, une jeune fille, Dina, vit avec son père dans une maison en torchis, très isolée au milieu de l’immense steppe kazakhe. Un jeune voisin vient tous les jours lui faire la cour. Mais elle tombe sous le charme d’un photographe en mission dans le secteur, Maxime. Leur romance s’ébauche sous le soleil et les étoiles de ces étendues magnifiques et désertes. On est en août 1949 et ils ne peuvent savoir qu’un événement imminent va bouleverser leur vie et celle de l’Humanité : tout près va se produire l’essai de la première bombe atomique soviétique.

Analyse :



De 1949 à 1989, il y a eu au Kazakhstan 456 essais nucléaires, rappellent quelques lignes à la fin de ce très beau film, politique et poétique, sans aucun pathos ni parole. L’un des thèmes principaux est une dénonciation en règle des essais nucléaires et de l’attitude des autorités soviétiques qui non seulement n’ont pas prévenu les populations voisines du secteur de Semipalatinsk (devenue Semeï) mais encore en ont profité pour observer à leur insu les conséquences des radiations sur l’homme et toute la nature.

L’autre grand volet du film est un hommage à la beauté de la steppe, à la faune et à la flore, au ciel immense et aux éléments qui entourent les courageux habitants qui y vivent. Le personnage du père, tout agité de frissons et qui se meurt de trop de radiations est émouvant tandis que la jolie fille aux nattes est touchante avec son sourire et son regard, sincères et ouverts à la vie. En l’absence de paroles, les sentiments des quatre personnages sont captés par une caméra habile, qui prend son temps et sait ménager les pauses et les silences pour traduire l’évolution psychologique des protagonistes. Souvent fixe, avec peu de champ contre champ, elle sait aussi filmer d’en haut. La musique du violoniste et compositeur Sergueï Aïgi est discrète et solennelle à la fois.

Certaines scènes sont particulièrement réussies, comme la leçon de conduite du camion par le père à la fille, l’arrivée de contrôleurs de la radioactivité qui laissent le pauvre père grelottant nu sous une pluie battante ou l’affrontement entre les deux jeunes gens, celui qui rit et celui qui pleure. Quant à la scène finale où l’on voit le souffle de l’explosion progresser vers les témoins et les spectateurs tandis que s’élève un gigantesque champignon incandescent, elle est terrifiante et géniale. Devant la terre détruite et calcinée, d’où n’émerge plus que le cadavre du père, déterré, le soleil qui s’était levé à l’horizon, préfère redescendre…sans doute pour ne plus se lever.

Françoise Wilkowski-Dehove