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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Leopardi (Il giovane favoloso)

(Italie, 2015, 135 minutes)

Réalisation : Martone Mario - Scénario : Mario Martone et Ippolita di Majo -Photo : Renato Berta - Montage : Jacopo Quadri - Musique : Sascha Ring Distribution : France/Paname
Interprétation : Elio Germano (Giacomo Leopardi), Michele Riondino (Antonio Ranieri), Anna Mouglalis (Fanny)
Auteur :

Né en 1959, Mario Martone est non seulement un homme de cinéma mais aussi un metteur en scène de théâtre et d’opéra. Il réalise son premier long métrage en 1992, Mort d’un mathématicien napolitain, puis tourne L’amour meurtri en 1995, L’odeur du sang en 2002 et Frères d’Italie en 2010.

Résumé :

Giacomo Leopardi, né en 1798 à Recanati, petite ville des Marches, a une enfance très stricte et studieuse dans une famille noble et religieuse. Puis il se tourne vers la poésie et décide de fuir son milieu familial. De santé fragile, atteint d’une malformation qui le rendra complètement bossu, on le suivra, avec son ami Ranieri, à Florence, Rome et Naples en proie à son génie et à son désespoir.

Analyse :



Comme dans La grande Bellezza de Paolo Sorentino et La sapienza d’Eugène Green, deux films récents, l’architecture et les paysages italiens tiennent un rôle important dans Leopardi. Ils sont ici spécialement bien photographiés et cela ajoute indiscutablement à l’émerveillement qu’on retire de ce film. Ce n’est bien sûr pas l’objet de l’œuvre, dont le titre signifie « Le jeune homme fabuleux » et qui retrace la vie du grand poète italien Giacomo Leopardi, célèbre en Italie au niveau de Dante mais quasiment inconnu en France. Cela nous permet de nous attacher à la vie de cet homme et de suivre son existence tourmentée, moralement et physiquement, car il souffre d’une dégénérescence osseuse qui le rendra bossu et complètement difforme à la fin de sa vie (il meurt à 39 ans). A noter que, selon le metteur en scène, les trois quarts des dialogues sont issus des écrits de Leopardi. La première moitié du film se passe à Recanati dans la maison même où vécut Giacomo, années d’enfermement passées à étudier sous le regard inflexible de son père et la froideur de sa mère. Tout est noir dans cette jeunesse dont il ne s’évadera qu’à 24 ans pour aller à Florence, Rome et finalement Naples, alors en proie à une épidémie de choléra et où l’on assiste à une extraordinaire éruption du Vésuve. L’étonnant dans ce film, est qu’il n’y se passe quasiment rien : on voit le corps de l’auteur s’abîmer, on le voit lire, souffrir, se détruire petit à petit et célébrer son propre malheur. On atteint là les limites de l’exercice qui peut sembler quand même un peu long (2heures 17). Notre adhésion au film est due en grande partie à la performance de Elio Germano qui a rapporté s’être plongé pendant quatre ans dans l’oeuvre de Giacomo. A la fin, son corps cassé en deux en devient presque beau grâce au travail conjugué du cinéaste, de son chef opérateur et de l’acteur. Du bel ouvrage qui mérite d’être vu !

Jean Wilkowski