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Cinéma

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Les gardiennes

(France, 2017, 2h14)

Réalisation : Xavier Beauvois - Scénario : Xavier Beauvois, Frédérique Moreau, Marie-Julie Maille d’après l’œuvre d’Ernest Pérochon. parue en 1924 - Musique : Michel Legrand - Photographie : Caroline Champetier - Montage : Marie-Julie Maill - Distribution France : Pathé distribution.
Interprétation : Nathalie Baye (Hortense), Laura Smet (Solange), Iris Bry (Francine), Cyril Descours (Georges)
Auteur :

Xavier Beauvois, né en 1967, est un cinéaste autodidacte. Il est à la fois acteur, scénariste et réalisateur. Son premier film est Nord (1991). Suivront N’oublie pas que tu vas mourir (1995), prix du jury à Cannes, Le petit lieutenant (2000), Des hommes et des dieux (2010, grand prix du jury à Cannes) et La rançon de la gloire (2014).

Résumé :

1915. A la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, elles partagent leur vie entre le dur labeur pour le travail des champs et du bétail, et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l'assistance publique pour les seconder, Francine.

Analyse :



Les gardiennes,  qui se déroule entre 1914 et 1920, est un film de guerre qui ne montre pas les combats, à l’exception d’une très brève scène de cauchemar. Le film s’attache à décrire les conséquences de la Première guerre mondiale sur la vie de ces paysannes obligées d’assumer seules  le lourd  travail de la terre. Au début, le film est axé sur la mère, Hortense, et sur sa fille, Solange. On ne voit les deux fils, Georges et Constant, tous deux soldats, qu’en permission. Avec l’arrivée de Francine,  l’intérêt se porte alors sur la belle orpheline rousse, magnifiquement interprétée par Iris Bry : un personnage flamboyant qui va  bouleverser les codes de la vie paysanne. La reconstitution de cette campagne française du début du XXème siècle est particulièrement soignée et le film comporte un réel intérêt documentaire tant en ce qui concerne le déroulement des travaux des champs selon les saisons qu’en ce qui touche à la mentalité des paysans, sortis tout droit de l’œuvre de Maupassant. Le fait que les femmes assument des responsabilités jusqu’alors réservées  aux hommes et l’arrivée des soldats américains en 1917 vont faire craquer les conventions et changer la société. L’arrivée des premières machines agricoles a en outre permis une certaine libération de la femme. A la fin de la guerre, les femmes retrouvent le joug des maris libérés et gardent leur ancienne mentalité mais il n’en est pas de même pour Francine. Celle-ci, après avoir été chassée de la ferme pour une affaire injuste  de qu’en dira- t-on, va se révéler et devenir enfin un personnage à part entière dans une scène finale éblouissante : elle y domine par sa présence dans la lumière le pauvre Georges qui l’avait abandonnée. Xavier Beauvois a une caméra très sage, à la manière des cinéastes d’avant la Nouvelle vague : de longs -- trop longs ! -- plans pour rappeler la lenteur de la nature et des travaux des champs : moisson à la faucille et labour tracté par les bœufs. Cela donne à l’ensemble du film un tempo ralenti, qui n’est pas du tout dans l’air du moment.

Jean Wilkowski