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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Big Eyes (Les grands yeux)

(Amérique / Canada – 2015 – 1h46)

Réalisation : Burton Tim - Scénario : Scott Alexander, Larry Karaszewski – Montage : Joseph C. Bond IV – Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel – Décors : Rick Heinrichs – Costumes : Colleeen Alwood – Casting : Nicole Abellera, Jeanne McCarthy – Production : Sylverwood Films, Electric City Entertainment, Tom Burton Production et 2 autres – Distribution France : StudioCanal
Interprétation : Pour les principaux : Amy Adams (Margaret Kaene) – Christopher Waltz (Walter Kaene) – Krysten Ritter (DeeAnn)
Auteur :

Tim Burton est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1958 en Californie. Sa filmographie est très hétéroclite. Il est considéré comme le maître du fantastique, mais a réalisé également des films d’épouvante, des drames intimistes ou des comédies. Il a notamment signé la mise en scène de Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Sleepy Hollow, Big Fish, Le diabolique barbier de Fleet Street et Alice aux pays des merveilles qui fut un grand succès commercial. Il semble adopter un genre beaucoup plus classique avec ce dernier film.

Résumé :

Burton nous conte ici l’histoire vrai mais invraisemblable des époux Walter et Margaret Kaene. On est en Amérique dans les années 50. Elle, est une vraie artiste qui peint des enfants malheureux avec d’énormes yeux tristes, qui suscitent un énorme engouement. Lui est un bonimenteur, un camelot, commercial de génie, mais artiste complètement raté qui n’a su jusqu’à présent que s’attribuer des vues de Montmartre, peintes par un autre. Il récidive avec sa femme, Margaret, dont il s’attribue les œuvres et sait les vendre au point de devenir une véritable vedette à l’égal d’un Andy Warhol, et même d’être considéré comme le précurseur du Pop Art. Jusqu’au jour où Margaret éclot littéralement et dénonce la supercherie au cours d’un procès qui lui rendra toute sa dignité et ses biens.

Analyse :



Tim Burton ne nous avait pas habitués à ce genre de film. Ici pas de délire, de couleurs à la limite du mauvais goût, d’interprétation clownesque. Connu comme cinéaste farfelu, gothique, féérique ou monstrueux il nous donne ici un bio pic lisse et classique avec un rappel toutefois à sa filmographie où il nous avait déjà présenté une biographie, celle du réalisateur Ed Wood, considéré comme le plus mauvais réalisateur de tous les temps. C’est donc le sort des loosers qui l’intéresse. Ils sont deux dans le film.

Pour certains critiques Burton a fait une œuvre féministe. Oui et non. On compatit au début au sort de Margaret et on est navrés de la voir mi consentante à cette supercherie, et de se laisser convaincre de la faire perdurer, complètement sous l’emprise de son mari. On enrage de la voir d’abord s’amouracher de ce pantin désarticulé, de ce bonimenteur qui sent le faux à 30 cm. Et le film ne manque pas d’ambigüité sur ce point car, certes il nous raconte comment Margaret a fini par révéler la vérité et comment elle a réussi à reprendre sa vraie place. Mais d’abord ce n’est pas par un travail personnel mais avec l’aide des témoins de Jéhovah, régulièrement accusés d’être une secte. Ensuite on a quand même l’impression que Tim Burton nous signifie bien que sans Walter et son génie commercial, ces toiles n’auraient jamais eu le succès qu’elles ont eu. Ce qui est probable.

Le film n’a pas été épargné par la critique. Certains, déçus de ne pas retrouver l’habituel Burton, n’ont pas manqué de souligner combien ce film est plat et complètement raté. Cette opinion est sévère. Au contraire l’art de ce grand réalisateur est au service d’une mise en scène plutôt sobre, subtile et élégante. Les couleurs et le décor un peu kitch collent parfaitement à l’atmosphère et à l’époque du film. De plus Burton reste dans ses préférences car on ne sent pas chez lui une réelle antipathie pour ce Walter, vaurien génial qui lutte contre sa propre médiocrité. L’acteur Christoph Waltz qui tient le rôle de Walter Kaene est terriblement burtonien par ses excès et ses extravagances, même si l’on peut penser qu’il en fait des tonnes au point de devenir peu crédible. Avec un énergumène pareil on se demande comment la mystification a pu durer aussi longtemps. Quant à Margaret, même si l’on devine une certaine tendresse de Burton vis à vis de son personnage, remarquablement interprété par Amy Adams, il reste qu’elle apparaît singulièrement fragile, même lorsqu’elle devient enfin elle-même.

Marie-Jeanne Campana