Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Les huit salopards (The Hateful Eight)

(USA – 2015 - 2h 47)

Réalisation : Tarentino Quentin - Scénario : Quentin Tarentino - Musique : Ennio Morricone - Photo : Robert Richardson - Montage : Fred Raskin - Production : The Weinstein Company - Distribution France : SND
Interprétation : Samuel L. Jackson (Major Marquis Warren), Kurt Russell (John Ruth), Jennifer Jason Leigh (Daisy Domergue), Tim Roth (Oswaldo Mobray)
Auteur :

Quentin Tarantino est né en 1963 dans le Tennessee. Il commence par écrire des scénarios et finance ainsi son premier film, Reservoir dogs, en 1992. Il ira ensuite de succès en succès avec notamment Pulp Fiction (1994), Kill Bill 1et 2 (2002), Inglorious Bastards (2009) et Django Unchained (2012). Les huit salopards est son huitième film.

Résumé :

Le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière, Daisy Domergue, se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans l’auberge de Minnie au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons.

Analyse :



Dès la première scène, nous sommes dans la suite de Django unchained. Une diligence approche dans un magnifique paysage de neige du Wyoming et non dans une forêt d’automne comme dans le film précédent. Une grande différence pourtant : le chasseur de primes blanc, le docteur King Schultz, est devenu ici un ancien officier de l’armée nordiste, noir. Il faut dire que nous ne sommes plus deux ans avant la guerre de Sécession mais quelques années après et les problèmes ne sont plus les mêmes. Au lieu de dénoncer l’esclavagisme comme dans son précédent film, Tarantino pose ici un problème toujours actuel : la relation entre les blancs et les noirs et aussi entre les Etats du Sud et du Nord.

Le film commence donc avec de splendides images de grands espaces blancs, de chevaux enfoncés dans une neige cotonneuse, immaculée. Ces scènes sont illustrées par un fantastique morceau d’Ennio Morricone dont les cordes tremblantes et le carillon menaçant rappelleront les meilleurs films d’horreur. Rapidement l’action se concentre dans l’intérieur de la diligence et se poursuit en huis-clos dans la ferme de Minnie. C’est l’endroit où se déroule l’action principale des Huit Salopards. Une pièce où se trouvent réunis huit personnages parmi lesquels se cachent une ou plusieurs taupes. Qui est-ce ? Que leur reproche-t-on ? Quentin Tarantino joue avec nos nerfs et prend un malin plaisir à brouiller les pistes. Il fait du mensonge, de l’imposture et de la paranoïa, les fondements d’une société moribonde, incapable de faire coexister ses citoyens sous un même toit. Le major Marquis Warren est-il un héros de la guerre de Sécession ou un exclu de l’armée ? Chris Mannix est-il le shérif de Red Rock ou un renégat en fuite ? Chaque interaction, chaque trahison, chaque messe basse mettent à jour la manière dont la violence est le seul moyen de communication de ces personnages et le terreau unique de la construction de l’Amérique et de son tissu social. En sondant le racisme et la misogynie, Tarantino déconstruit l’image que l’Amérique aime se donner mais sans la moindre ironie, sans sourire aux lèvres. Au contraire, il tape ici avec la force du désespoir et une tristesse sans nom. Pas de repos pour les salauds certes, mais surtout pas de répit pour le spectateur. Bien sûr on pourra reprocher au metteur en scène sa manie de verser de l’hémoglobine, surtout vers la fin, comme dans Django unchained. Cela fait partie de la truculence de l’auteur et ne nuit pas à la force du message.

Jean Wilkowski