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Cinéma

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Les mille et une nuits Vol 1 (L'Inquiet)

(Portugal/France/Allemagne/Suisse 2015, 2h05)

Réalisation : Gomes Miguel – Scénario : Miguel Gomez, Telmo Churro et Mariana Ricardo – Image : Sayombhu Mukdeeprom et (histoire du Coq et du Feu) Mário Castanheira - Montage, Telmo Churro, Miguel Gomes et Pedro Marques - Distribution France : Shellac distribution
Interprétation : Cristina ALFAIATE (Sheherazade), Joana de VERONA, Carloto COTTA, Adriano LUZ, Gonçalo WADDINGTON, Rogério SAMORA, Margarida CARPINTEIRO
Auteur :

Portugais, Miguel Gomes a étudié le cinéma à Lisbonne puis écrit des critiques pour le magazine Pùblico. Réalisateur, il commence par des courts métrage (1999, Entretanto, musique et danse à propos de l'adolescence ; etc.) Son premier long sera La gueule que tu mérites (2004), en style de conte fantastique. Ce cher mois d'août (2008) mixe plaisamment documentaire et fiction pour des amours de vacances sur fond de musique locale (Coimbra). Tabou (2012) d'une belle originalité formelle, évoque la décolonisation portugaise en Afrique.

Résumé :

Sur le principe narratif du célèbre conte oriental, mais sans autre rapport avec lui que son titre et le nom de la conteuse, une trilogie dont voici le premier volet, et dont le thème est l'infortune du peuple portugais condamné à la pauvreté par les exigences inexorables de la grande finance.

Analyse :



Est-il raisonnable de parler d'un film dont on n'a vu que le premier tiers ? Le second épisode (Le désolé) sera pour fin juillet, le dernier (L'enchanté) fin août, deux heures chaque fois... Mais la structure à tiroirs des Mille et une nuits permet de découpler l'un de l'autre ces trois volumes, et L'inquiet nous fait prendre conscience sans ambiguïté des intentions de Gomes dans son film-fleuve.

Des intentions qui sont d'ailleurs d'une actualité brûlante, alors que les média scrutent jour après jour, depuis plusieurs semaines, les affres d'une Grèce au bord du précipice. L'inquiet s'ouvre par une partie documentaire qui sonne, hélas, de façon trop familière : les grands chantiers navals portugais de Viano do Castelo, fierté nationale et locale, source de vie pour des milliers de familles, ont été mis en sommeil puis fermés, laissant derrière eux une société sans squelette ni chair. La mondialisation est immédiatement dénoncée par l'invasion parallèle des frelons asiatiques, concurrence mortelle pour les abeilles qu'ils dévorent, puis un premier conte 'à la Shéhérazade' met en scène, en style rabelaisien, la rencontre des autorités portugaises et de celles de la Troïka (BCE, CE, FMI) : l'inhumanité de ces seigneurs des Grandes institutions est symbolisée par le troc qu'ils font, finalement dans le mauvais sens, entre leur faculté virile et leur position de pouvoir. Quelques autres récits modulent l'apologue selon diverses clefs, tandis que des entretiens avec des victimes de l'austérité rappellent que l'on peu s'amuser avec des images, mais que des vraies vies de vraies personnes ont été détruites et que d'autres continuent à l'être.

Qu'on ne cherche pas dans cette picaresque lamentation un portrait organisé d'une situation, et encore moins une analyse de causes, d'effets, de solutions ou d'impasses. C'est d'un cri de douleur qu'il s'agit, mais un cri vigoureux, vivant, comme ses personnages fictifs ou réels qui nous disent : « Tant qu'y a d'la vie, y a d'l'espoir. »

Jacques Vercueil