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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Les ogres

(France – 2016 – 2h24)

Réalisation : Fehner Léa – Scénario : Léa Fehner, Catherine Paillé, Brigitte Sy – Photographie : Julien Poupard – Montage : Julien Chigot – Décor : Pascale Consigny – Son : Julien Sicart et Pierre Bariaud – Musique : Philippe Cataix – Production : Philippe Liégeois – Distribution France : Pyramide Distribution
Interprétation : Adèle Haenel (Mona) – Marc Barbé (M. Déloyal) – La famille Fehner (dans son rôle) – Lola Duenas (Lola)
Auteur :

Léa Fehner a vécu son enfance dans le théâtre itinérant de ses parents. Après avoir fui ce milieu et ses galères elle réalise un premier film Qu’un seul tienne et les autres suivront, primé à Deauville et prix Louis Delluc, qui entrelace trois histoires ayant pour thème principal la prison. Elle revient en spectatrice de son milieu d’origine dans son second long métrage : Les Ogres.

Résumé :

Une troupe de théâtre en plein spectacle, follement joyeuse et exubérante. A la suite d’une inattention de M. Déloyal une acrobate tombe. Le patron de la troupe fait appel à Lola, qui connaît bien le rôle. Cette arrivée va perturber considérablement ce milieu car Lola a été son précédent amour et Marion, sa femme, en est jalouse. Tandis que M. Déloyal poursuit sa dérive la troupe s’entredéchire comme des ogres mais renaît avec une énergie vitale et une exaltation contagieuses.

Analyse :



Il est rare d’avoir la chance de pouvoir vivre quelque temps dans une troupe de théâtre itinérant. Léa Fehner nous fait partager cette expérience deux heures et demie durant. Deux heures et demie pendant lesquelles on est littéralement emportés par l’énergie farouche et bruyante, la vitalité débordante, l’exaltation des comédiens, pendant lesquelles on partage leurs ennuis, leurs angoisses, leurs disputes homériques, leurs réconciliations et leur tendresse. C’est ce qu’a vécu la réalisatrice qui s’est inspirée de son enfance. Le film ne nous laisse pas de répit, nous entraînant dans un tourbillon qui va de la scène aux coulisses, des coulisses aux caravanes puis au spectacle de nouveau. Mais parfois, dans les moments graves et intimes la caméra se fixe très longuement sur un visage, une expression, qui reposent le spectateur tout en donnant au film sa grande profondeur.

Pour donner plus de vérité à son œuvre Léa Fehner a choisi des comédiens qui pour la plupart sont issus du théâtre de rue. Elle fait jouer son père, sa mère, sa sœur, qui sont, au sens propre, dans leur rôle. Sauf Adèle Haenel lumineuse, magnifique, qui donne à son personnage de femme amoureuse et enceinte une épaisseur et une réalité très émouvante.

Si le film est gai et joyeux il a aussi des moments extrêmement durs où les personnages épuisés se déchirent, s’entre-dévorent comme des ogres qu’ils sont ; où ils laissent exploser la rancœur des reproches trop longtemps tus, leur jalousie, leur mesquinerie, tellement humaines, leurs désillusions. Chacun s’ingère dans la vie de tous et aucune vie privée n’est possible dans cette grande famille ouverte. Mais l’énergie vitale qui les ronge, leur joie, sont tellement communicatives, que lorsqu’à la fin du film ils plient leur chapiteau, définitivement pour nous, on est triste de les voir partir et de ne pouvoir les accompagner plus longtemps. Si en sortant du film vous n’aviez pas en tête leurs chansons, si vous n’aviez pas envie d’esquisser des pas de danse sur le trottoir, ce serait désespérant !

Marie-Jeanne Campana