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Cinéma

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Logan Lucky

(Etats-Unis, 2017, 1h58)

Réalisation : Steven Soderbergh - Scénariste, Rebecca Bluntimage - Image et montage, Steven Soderbergh - Musique, David Holmes - Distribution France : ARP Selection
Interprétation : Channing Tatum (Jimmy Logan), Adam Driver (Clyde Logan), Daniel Craig (Joe Bang), Riley Keough (Mellie Logan), Hilary Swank (Sarah Grayson)
Auteur :

Steven Soderbergh, né en 1963 à Atlanta (Etats-Unis), a fait de tout au cinéma avant le début fracassant de son premier long métrage, Sexe, mensonges et vidéo (1989), Palme d'or à Cannes. Le nombre et la variété de ses réalisations (quarante films ciné ou télé avant Logan Lucky) impressionnent : forts sujets de société (Erin Brockovich ou Traffic, l'un finaliste et l'autre vainqueur de l'Oscar 2000), science-fiction (Solaris, 2002), films de divertissement (Ocean Eleven, 2001 et ses deux suites en 2004 et 2007), portraits filmés avec le diptyque Che Guevara, 2006, ou Ma Vie avec Liberace (2015) etc.

Résumé :

Les frères Jimmy et Clyde Logan vivotent médiocrement, le premier ex-star de football déchu après un accident, le second retour d'Irak porteur d'une prothèse de bras. Jimmy, licencié du chantier qui prépare à Charlotte la course automobile de l'année, convainc son frère de se venger en volant l'énorme recette de cet événement très populaire. Dans ce but, ils recrutent, bien qu'il soit en prison, Joe Bang, fameux casseur de coffre, lequel insiste pour associer à l'entreprise ses deux frères débiles. En outre, Jimmy, divorcé, veut rester proche autant que possible de sa fillette Sadie, coachée par la maman pour un concours de chant.

Analyse :



Une comédie de braqueurs nuls, genre qui renvoie inévitablement au génial ancêtre, Le pigeon (1958) de Monicelli, et dont la mécanique rejoint plus près de nous la série des Ocean. Ici, les anti-héros hautement improbables semblent incompétents, le scénario de l'opération restera longtemps caché dans un noir mystère, tandis que ratés et bâtons dans les roues se multiplient à chaque étape — la prothèse se fait aspirer avec les billets de banque — promettant la catastrophe imminente. Puis peu à peu se révèle la géniale conception du montage, et chaque frisson nous rapproche du but. Cependant, venenum in cauda (comme dans Ocean 11) : après que la sérieuse Sarah Grayson ait pour Clyde défait ses cheveux et ôté ses lunettes, obligation de cinéma, la dernière image — la prothèse réapparue — contient les prémices d'un désastre... lorsque l'écran s'éteint.

L'amusement est alimenté par l'apparition successive d'insurmontables obstacles qui sans cesse renouvellent le suspense : comment vont-ils, l'un après l'autre, être contournés, démolis ou détournés pour servir au succès ? Mais le contexte dans lequel se déroule l'histoire vaut aussi d'être pris en considération. Les Logan sont poursuivis par une poisse implacable — d'où leur surnom et le titre du film — contre laquelle enfin le frère aîné décide de se révolter ; et cette poisse se révèle être le produit des institutions d'une Société qui roule pour les nantis et les en-place, comme l'odieux et méprisant richard Max Chilblain, ou ce directeur de la prison de Monroe où 'jamais rien ne se passe'. Et l'on retrouve ici, à la différence du milieu bling-bling des Ocean, le petit monde peine-à-vivre des Napolitains du Pigeon, avec une grande sympathie pour leur acharnement à subsister comme ils peuvent.

Jacques Vercueil