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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Loin des hommes

(France – 2014 - 1h41)

Réalisation : Oelhoffen David - Scénario : David Oelhoffen – Musique : Nick Cave – Photographie : Guillaume Deffontaines – Montage : Juliette Welfling - Ingénieurs du son : Martin Boissau, Thomas Desjonqueres, Emmanuel Crozet – Pathé Distribution
Interprétation : Viggo Mortensen (Daru) – Reda Kateb (Mohamed) – Djemel Barek (Slimane) – Vincent Martin (Balducci)
Auteur :

David Oelhoffen est un réalisateur et scénariste français, né en 1968. Il travaille d'abord dans la production cinématographique. Puis il réalise à partir de 1996 des courts métrages primés dans de nombreux festivals. En 2006 il réalise son premier long métrage Nos retrouvailles avec Jacques Gamblin et Nicolas Giraud, présenté à la Semaine de la critique, au festival de Cannes en 2007. Loin des hommes est son deuxième long-métrage.

Résumé :

Algérie 1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au cœur d’un hiver glacial, Daru, l’instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Ils sont poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang, par des colons revanchards et par des soldats français.

Analyse :



Ceux qui connaissent la nouvelle de Camus, « L’Hôte », qui a inspiré Loin des hommes, s’étonneront de l’expansion que ce texte subit en devenant un film. L’important est de voir justement ce que cette expansion apporte au propos.

D’abord une durée suffisante pour que la relation entre les deux hommes sorte de l’anonymat total (ce n’est plus un « arabe » mais Mohamed, et l’instituteur lui-même devient « Daru » pour Mohamed). Cette durée rend possible la naissance d’une estime réciproque et même une sorte de fraternité. Cela rendra plausible aussi une fin différente, car le temps joue en faveur de la réflexion et de la prise de décision.

Ensuite l’intrusion d’événements et de rencontres qui élargissent considérablement le propos en l’inscrivant plus explicitement dans l’histoire des « événements » de l’époque : la guerre d’Algérie dans ses débuts mais aussi dans une histoire un peu plus ancienne, celle de la 2° guerre mondiale qui vit combattre côte à côte des indigènes et des français d’origine diverse, dont on comprend que leurs engagements vont les séparer.

Enfin une inscription dans un espace aux vastes horizons dont la beauté austère contribue à rendre ce film magnifique.

Alors on pardonnera certaines maladresses du scénario et de la mise en scène, on acceptera que Daru, qui évoque son origine espagnole, ait un physique et un accent qui n’ont rien de méditerranéens…. Peu importe au fond. Ce « presque » western n’échappe pas aux stéréotypes du genre (ce que les amateurs de ce genre apprécieront), tout en s’élargissant à des considérations humanistes et à des questions philosophiques : la difficulté de s’engager – qu’est-ce qu’obéir à la loi et jusqu’à quel point ?.... Et ce film apporte au spectateur une fin moins désespérante que celle de la nouvelle de Camus.

Un bon moment de cinéma.

Maguy Chailley