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Cinéma

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Lost City of Z (La cité perdue de Z)

(USA – 2017 – 2h21)

Réalisation : James Gray - Scénario : James Gray, d’après le roman La Cité perdue de Z de David Grann – Directeur photo : Darius Khondji – Montage : John Axelrad, Lee Haugen – Musique : Christopher Spelman - Production : Dede Gardner, Jeremy Kleiner, James Gray – Distribution France : Studiocanal
Interprétation : Charlie Hunnam (Percy Fawcett) – Robert Pattinson (Henry Costin) – Sienna Miller (Nina Fawcett) – Tom Holland (Jack Fawcett) – Edward Ashley (Arthur Manley)
Auteur :

James Gray, réalisateur, scénariste et producteur new-yorkais, est né en 1969. Sa famille paternelle, victime de pogroms, a fui la Russie. Il passe son enfance à Little Odessa (titre de son premier long-métrage en 1994), quartier des juifs russes à N.Y. Le jeune James est  très affecté par les échecs  répétés que subit son père : endettement, faillite.  Son regard se pose alors particulièrement sur les losers, ceux qui n’ont pas accès au rêve américain, les laissés-pour-compte. Ses principaux films se penchent sur des personnages en quête d’amour, de reconnaissance, d’identité. En 2000, il tourne The Yards, un film noir. Puis le très beau La nuit nous appartient en 2007. En 2008, Two Lovers. En 2013, The Immigrant. Tous quatre sélectionnés à Cannes.

Résumé :

Percival Fawcett est un explorateur, colonel de l’armée britannique, à qui fut confiée en 1906 la mission très risquée de se rendre dans la forêt amazonienne afin de cartographier la frontière, alors indécise, entre le Brésil et la Bolivie qui se disputaient sauvagement la culture du caoutchouc. Il part sans enthousiasme, malheureux d’abandonner sa jeune épouse enceinte. Mais une fois au cœur de la forêt amazonienne, il croit découvrir les traces d’une cité disparue, qu’il appelle Z et qui ne lui laisse plus aucun répit : il veut en savoir plus. Il repartira plusieurs fois, tiraillé entre l’affection profonde pour les siens et sa passion pour l’exploration.

Analyse :



Nous voici, comme toujours chez James Gray, face à un film à deux étages. A première vue, c’est un magnifique film d’aventure : nous nous attachons aux pas du colonel Percy, à son regard fiévreux. Nous craignons pour sa vie dans ce monde hostile où la menace est partout : les piranhas dans le fleuve, les serpents dans la forêt, les indiens embusqués, la faim, la folie qui guette. Et quand enfin il revient à Londres, sain et sauf, on est soulagé ! Sauf que Percy, aimé, compris, soutenu par sa femme, repart en quête de la cité disparue. Jack, son fils aîné est furieux : tu nous abandonnes, tu ne t’occupes pas de nous ! (Le thème de la paternité est récurrent chez James Gray, lui-même étant blessé à cet endroit-là.) Mais lors de la troisième expédition, Jack, atteint de la même passion que son père, part avec lui. Ils ne reviendront jamais.  Mais, croyez-moi, ce film ne nous laisse pas tristes, parce qu’il  est bien plus qu’un film d’aventure.

En effet, voilà que se révèle le deuxième étage du film : James Gray se penche sur rien moins que le désir qui s’empare d’un homme, l’infini du désir, car il s’agit bien « d’étreindre plus que l’on ne peut saisir ». Percy est consumé par le désir fou de rejoindre un pays perdu, le pays où l’on arrive jamais et qui seul aimante votre vie. Une cartomancienne que Percy rencontre dans un improbable théâtre quelque part au fin fond de la jungle (la séquence est admirable) lui dit : « ce que vous cherchez, c’est plus grand que ce que vous avez jamais pu imaginer »…

Hommage soit rendu au chef opérateur surdoué qui accompagne James Gray : le franco-iranien Darius Khondji. Par la grâce de ses lumières, les visages sont transfigurés, les clair-obscurs donnent aux intérieurs une profondeur mystérieuse,  le fleuve Amazone et la grande forêt apparaissent à nos yeux comme d’immenses tableaux verts et ocres. Un film qui vous habite longtemps.

Françoise Lods