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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Lou-Andreas Salomé

(Allemagne/Suisse, 2017, 1h53)

Réalisation : Cordula Kablitz-Post - Cordula Kablitz-Post, co-scénariste : Susanne Hertel - Image : Matthias Schellenberg - Montage : Beatrice Babin - Musique de Judit Varga - Distribution France : Bodega films
Interprétation : Liv-Lisa Friesz (Louise von Salomé à 16 ans), Katharina Lorenz (Lou von Salomé puis Andreas-Salomé, adulte), Nicole Heesters (L.A.S. âgée), Philipp Hauss (Paul Rée), Julius Feldmeier (RM Rilke), Alexander Scheer (F. Nietzsche), Harald Schrott (S. Freud), Merab Ninidze (Carl Andreas), Katharina Schuttler (Marieche) , Matthias Lier (Ernst Pfeiffer)
Auteur :

Cordula Kablitz-Post, née en 1964 à Aix-la-Chapelle, est une cinéaste et productrice allemande. Elle fit des études littéraires et théâtrales à Munich et Berlin, et s'est consacrée au cinéma depuis 1989,  dans le domaine  documentaire  (1994, Mickey Rourke ; ... ; 2011, Nina Hagen, marraine du punk ; ...). Le biofilm Lou Andreas-Salomé est son premier long métrage hors télévision.

Résumé :

Lou Andreas-Salomé, devenue âgée, revient sur son existence, de Saint-Pétersbourg à Zurich, Berlin,  Vienne...  Rapidement révoltée contre le conformisme de sa famille et son milieu, elle se lie avec quelques-uns des plus grands intellectuels de son temps, à leur tour fascinés par son intelligence, sa culture, son indépendance et son charme. Seule compromission, elle accepte un mariage blanc avec le riche orientaliste Friedrich-Carl Andreas, ce qui leur donne à tous deux un statut social convenable.

Analyse :



Le sujet est passionnant. Passer deux heures en compagnie de personnages aussi forts, aussi exceptionnels que Louise von Salomé, Frédéric Nietzsche, Rainer-Maria Rilke ou Sigmund Freud, cela ne peut être que stimulant et enrichissant. D'autant que les acteurs font très bien le travail (il en faut quatre pour la seule Lou, que l'on suit de trois à 72 ans, mais elles sont bien compatibles) et la reconstitution de la Belle Epoque est réussie ; en particulier, l'idée d'utiliser directement des cartes postales de ce temps pour figurer certains décors, en y faisant brièvement évoluer les personnages, crée bien l'ambiance. Outre la découverte de ces géants, le sujet du film est la mobilisation de l'intelligence et de la vitalité de l'héroïne au service d'une affirmation intrépide de l'égalité de statut de la femme et de l'homme. Cela tranchait tant sur les mœurs de l'époque que ses compagnons ont beau l'admirer, ils ne peuvent réellement l'accepter.

La réalisation est malheureusement handicapée par une série de scènes au symbolisme d'une lourdeur éprouvante. Lorsque Louise quitte l'église où elle vient de refuser de confirmer sa religion, les portes de sortie de la nef s'ouvrent sur une éblouissante lumière et elle se retrouve... sous une pluie battante où elle rit d'être lavée de sa vieille peau. A la bibliothèque, il ne lui faut charger dans ses bras pas moins de dix kilos de vieux livres pour nous faire comprendre qu'elle est une travailleuse acharnée, et le bibliothécaire vient le confirmer oralement à l'intention des mal voyants. Ses discussions de haute philosophie avec ses amis mobilisent en longues phrases dures à suivre un jargon des plus impressionnants... etc. Mais il vaut la peine de passer par-dessus ces scories pour revivre cet important moment de notre histoire culturelle.

Jacques Vercueil