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Cinéma

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Lourdes

(France/Autriche 2009, 1h39)

Réalisation : et Scénario : Jessica Hausner. Direction photo : Martin Gschlacht. Direction artistique : Dietlind Rott. Montage : Karina Ressler. Son : Uwe Haussig. Distribution : Sophie Dulac
Interprétation : Sylvie Testud (Christine), Léa Seydoux (Maria), Gilette Barbier (Frau Hartl), Gerhard Liebmann (père Nigl), Bruno Todeschini (Kuno), Elina Löwensohn (Cécile)
Auteur :

Née en 1972 à Vienne (Autriche), J. Hausner intègre l’Académie de Cinéma, où elle réalise ses premiers courts-métrages en 1992. Elle collabore avec Michael Haneke dans Funny games. Son premier long-métrage Lovely Rita sort en salle en 2000, salué par la critique internationale. Puis, c’est Hôtel en 2004, et Lourdes en 2009. Ce quatrième long métrage a été sélectionné à Cannes à 'Un certain regard', mais c’est à la Mostra de Venise qu’il reçoit le Grand Prix SIGNIS et le Prix de la Critique internationale (FIPRESCI).

Résumé :

Christine a passé la majeure partie de sa vie immobilisée dans un fauteuil roulant. Elle se rend à Lourdes, site de pèlerinage légendaire, afin de sortir de son isolement. Elle se réveille un matin, apparemment guérie. Est-ce un 'miracle' ? Le responsable du groupe de pèlerins, séduisant membre de l’Ordre de Malte, s’intéresse à elle. Alors que sa guérison suscite jalousie et admiration, Christine tente de profiter de sa nouvelle chance.

Analyse :



Ni documentaire ni vraiment fiction, Lourdes serait aux dires de Mgr Perrier, évêque de Tarbes et de Lourdes (pourtant dûment cité au générique pour son aide), un film 'ambigu'. De là à regretter que le film ne soit pas un reportage, où le réalisateur 'chercherait à comprendre', il n’y aurait qu’un pas ! Hélas pour lui, il me semble que ce prélat distingué est passé à côté du film, car précisément c’est parce qu’il est une fiction qu’il capte notre attention et soulève notre intérêt. Quoi de plus rebattue, de plus terre-à-terre que l’image de Lourdes à la télévision, où règnent les marchands du Temple et l’expression d’un catholicisme à odeur d’encens et d’eau bénite. Alors que le film de Jessica Hausner approche avec humanité le monde de la maladie et des souffrances physiques et psychologiques occasionnées par elle, et la solitude des êtres, malgré la présence quasi permanente des accompagnateurs de l’Ordre de Saint Jean de Malte. Christine arrive dans ce monde, quasi paralysée, avec sa fraîcheur étonnée et son tendre sourire. On découvre qu’elle n’est pas spécialement pratiquante. On la sent par contre très disponible. Elle est sensible aux marques d’attention de Kuno, et le fait d’être entourée lui redonne vie.

Longs plans fixes, nombreux plans séquences, peu de dialogues, un son feutré, tout cela contribue à filmer l’environnement de Christine, les rituels quotidiens de lever et de coucher, les processions jusqu’à la fameuse 'piscine'. La musique qui accompagne est belle et inspirée : l’Ave Maria de Schubert (qui prend une dimension nouvelle avec les images), Bach et deux célèbres compositions pour orgue. Quand arrive le 'miracle', nous entrons dans une phase nouvelle : celle des réactions des témoins. Il y a la prudence du médecin, la joie modérée du prêtre et confesseur de Christine, les commentaires jaloux de deux dames patronnesses, le mutisme désabusé de la voisine de chambre (en manque de compassion), la déception de la mère d’une jeune handicapée… La réalisatrice a filmé à la bonne distance, sans pathos exagéré, des gens qui veulent croire aux miracles. Elle a, mieux que dans un reportage, cerné l’enjeu du pèlerinage. Le miracle est un mystère, comme la vie et la mort ; mais ce qui est le plus important à vivre : l’espérance.

(Alain Le Goanvic)