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Cinéma

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Loving

(Etats-Unis, Grande-Bretagne – 2017 – 2 h 03)

Réalisation : Jeff Nichols - Scénario : Jeff Nichols – Montage : Julie Monroe – Photographie : Adam Stone – Musique : David Wingo – Production : Big Beach Films et Raindog Films – Distribution France : Mars Films
Interprétation : Joël Edgerton (Richard) – Ruth Negga (Mildred)
Auteur :

Jeff Nichols est un réalisateur et scénariste américain né en 1978. Après des études de cinéma il réalise en 2008 Shotgun Stories, puis en 2011 Take Shelter qui reçoit le Grand prix de la Semaine de la critique et le prix de la critique internationale à Cannes, ainsi que le Grand prix du Festival de Deauville. En 2012 Mud est présenté en compétition officielle à Cannes. En 2016 il présente Midnight Special en compétition à la Berlinale et Loving en compétition à Cannes.

Résumé :

Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Seulement nous sommes en 1958 dans l’État de Virginie où les lois ségrégationnistes interdisent les mariages entre noirs et blancs. Ils sont poursuivis en justice, incarcérés et obligés de s’exiler s’ils veulent retrouver la liberté. Aidés par des associations et un avocat, ils portent l’affaire en justice, jusqu’à la Cour suprême qui, en 1967, casse l’arrêt de la cour de Virginie et consacre la possibilité des mariages mixtes sur tout le sol américain.

Analyse :



Jeff Nichols nous avait habitué, dans ses premiers films, à une mise en scène brillante, pleine de fantaisie et d’originalité. Il nous présente ici une œuvre sans aucun artifice, classique dans la forme et sur le fond, dépouillée et d’une grande sobriété. Mais ce n’est pas une critique car c’est un parti pris du réalisateur pour mettre davantage en lumière la gravité du sujet et éviter une virtuosité qui pourrait brouiller la vision que doit avoir le spectateur de l’histoire intime de ces personnages simples et discrets, tout entiers dans leur obstination à vivre leur amour. Certains critiques s’y sont trompés qui y ont vu un film plat, lent et figé alors qu’il est profondément humain, délicat et puissant. En retraçant l’histoire du fameux arrêt de la Cour suprême des États-Unis, Loving v.Virginia (1967), le réalisateur rappelle une étape importante dans la conquête des droits civils pour les noirs américains. Et on doit se féliciter au contraire que des cinéastes mettent leur talent au service de l’histoire de la libération des peuples. Car en ce domaine, comme en bien d’autres l’actualité nous prouve que rien n’est jamais acquis. Et ce film tombe particulièrement bien à l’heure où l’Amérique s’apprête à vivre des heures qui s’annoncent sombres. Tout talent mis au service de ces rappels mérite d’être approuvé.

Ce film n’est pas pour autant un film militant. Le racisme et la ségrégation ne sont évoqués qu’à travers cette belle et émouvante histoire d’amour qui est l’essentiel. Mildred et Richard n’ont pas de conscience politique mais ils sont combattants. Ils s’obstinent simplement à vouloir vivre leur amour qui a pour eux la force de l’évidence. L’intelligence de Jeff Nichols est d’avoir évité l’écueil de nous présenter les arcanes de la procédure et du procès. Les ellipses, les silences ne donnent au film que plus de délicatesse et de puissance.

Ajoutons que les acteurs sont parfaits dans leur rôle et sont d’ailleurs pressentis pour les Oscars. Joël Edgerton en homme simple, un peu rustre, taiseux, qui a du mal à comprendre pourquoi on lui refuse d’épouser la femme qu’il aime et qui à travers ses sourires et ses regards laisse percer sa lassitude. Quant à Ruth Negga, formidable Brindille, elle laisse subtilement percer une volonté farouche. 

Marie-Jeanne Campana