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Cinéma

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Ma vie avec Liberace (Behind the candelabra)

(USA – 2013 – 118 mn)

Réalisation : Steven Soderbergh – Scénario : Richard LaGravenese, d’après l’œuvre de Scott Thorson - Musique : Marvin Hamlish – Montage et photographie : Steven Soderbergh - Production : Jerry Weintraub – Distribution France : ARP Sélection.
Interprétation : Michael Douglas (Liberace) – Matt Damon (Scott Thorson) – Dan Aykroyd (Seymour Heller) – Scott Bakula (Bob Black).
Auteur :

Né à Atlanta (USA) en 1963, Steven Soderbergh plonge très vite dans l'univers du cinéma. Son premier long métrage, Sexe, mensonge et vidéo lui vaut, en 1989, une palme d'or à Cannes. En 1991, il tourne Kafka. Puis King of the Hill en 1993, Schizopolis en 1996. Il tourne sans arrêt, entre autres la série des Ocean's, Solaris, Che Guevara, The informant, Contagion, Piégée, Magic Mike, Effets secondaires… et enfin Liberace en 2013.

Résumé :

Dans les années 1970, Liberace est une star reconnue de la musique. Pianiste médiatique depuis sa petite enfance, mêlant classique et variété, exubérant et cultivant son extravagance en public, il accumule dans l'ombre des passions homosexuelles qui se succèdent les unes aux autres. Scott Thorson raconte ici sa rencontre et sa liaison de cinq ans avec la star vieillissante.

Analyse :



C'est l'ascension rapide jusqu'à la chute d'un jeune homme naïf. Bob Black le rabatteur de Liberace déniche dans un bar le futur amant consentant et ravi, ébloui par le conte de fées qui lui est offert. Le musicien sexagénaire fait rapidement de Scott sa créature, marionnette qu'il s'amuse à désarticuler sans état d'âme, son seul moteur étant la satisfaction de son propre plaisir. Scott se laisse entraîner par les événements, prêt à tout : à saisir sa chance au moment où elle se présente, à se laisser manipuler, transformer, défigurer sans révolte, jusqu'au point de non retour. Sa révolte est à la mesure de son laisser-faire. On assiste fasciné à l'emprise du prédateur sur sa proie. Jeu de dupe où le jeune Scott se prend pour un dieu, indifférent aux signes avant-coureurs que nous, spectateurs, nous remarquons au long de son parcours. De la splendeur à la décadence, le chemin est inéluctable, déjà tracé lors de la première scène dans la loge, où le jeune éphèbe en disgrâce broie du noir sous le regard triomphant de Scott qui ne comprend pas qu'il contemple sa propre image dans cinq ans. En écho, à la fin du film, la même scène dans la même loge, avec un autre à la place de Scott.

Pourtant, il n'y a pas que du cynisme chez Liberace, le personnage est plus complexe, on sent dans sa quête une angoisse, une peur profonde de la solitude et de la vieillesse, le désir insatiable de conserver la seule richesse qu'il ne peut garder et qui lui file entre les doigts, sa jeunesse.

Les décors, dorés à l'excès, composent un écrin très kitsch à cette histoire d'amour interdit. Les acteurs, remarquables, nous entraînent sans réticence dans leur univers factice où ils se donnent l'illusion d'être les maîtres du monde. Michael Douglas, deus ex machina, remodèle les visages, les personnalités de ses proches. Sa quête est pourtant tragique, au bout de tous ses efforts, il ne trouvera que le vide d'un éternel recommencement à l'identique. Sisyphe d'opéra, tragique et comique à la fois. Soderbergh traverse le ridicule des situations et des excès pour atteindre le pathétique. La photo est belle, on ne boude pas son plaisir.

Catherine Forné