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Cinéma

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Mademoiselle (Agassi) (The Handmaiden)

(Corée du Sud, 2016, 2h25)

Réalisation : Chan-wook Park – Scénario : Park Chan-wook d’après l’œuvre de Sarah Waters – Montage : Kim Sang-Bum – Musique : Cho Young-wuk – Distributeur France : The Jokers/ Bac films
Interprétation : Kim Min-Hee (Hideko) – Kim Tae-Ri (Sookee) – Ha Jug-Woo (Le comte) – Cho Jin-Woong (L’oncle)
Auteur :

Park Chan-wook est né en 1963 à Séoul. Après des études de philosophie, il réalise son premier film, Moon is the Sun’s Dream, en 1992. C’est un échec commercial. Entre 2002 et 2005 il réalise une trilogie sur la violence Sympathie for Mr Vengeance, Old Boy (Grand prix à Cannes) et Lady Vengeance. En 2009 Thirst, ceci est mon sang obtient le Prix du jury à Cannes. Mademoiselle a fait partie de la sélection officielle à Cannes en 2016.

 

Résumé :

Corée, années 1930, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme, Sookee, est engagée comme servante d’une riche jeune fille japonaise, Hideko (Mademoiselle), qui vit recluse dans un immense manoir, sous la coupe d’un oncle tyrannique. Un escroc, ‘le comte’, veut s’emparer de la fortune de Mademoiselle.

Analyse :



Après sa trilogie sur la violence (Sympathie for Mr Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance), Park Chan-wook convoque, avec Mademoiselle, l’amour, la trahison, la manipulation, la violence et les déviances : un film si majestueux, si précis et si beau qu’il en deviendrait presque intimidant. L’essentiel se passe dans une grande demeure bourgeoise, dirigée par l’oncle d’Hideko, un homme riche, sévère et lettré. Il est notamment épris des œuvres du marquis de Sade, qu’il contraint sa nièce à lire devant ses amis. Le scénario, à tiroirs et à révélations, demande beaucoup d’attention, d’autant plus qu’il se nourrit de nombreux flash-back sur la jeunesse d’Hideko, victime des maltraitances de son oncle. Le film est découpé en trois parties explicitement marquées : d’abord, c’est un récit du point de vue Sookee, la servante, alliée au comte contre Hideko-Mademoiselle, puis on assiste à une alliance d’Hideko et du comte contre Sookee et enfin, c’est l’apothéose, avec l’alliance des deux femmes contre l’homme. Le film devient alors une apologie du féminisme ! Cette complexité fait que l’on voit plusieurs fois la même scène, vécue par les divers protagonistes. Un jeu de mensonges, de manipulations et de perversités, mis en scène avec une précision presque pathologique. Mademoiselle est avant tout un film d’amour brutal, viscéral. L’érotisme y est filmé avec une délicatesse particulière, caractéristique de la manière des estampes japonaises et très éloignée de notre culture occidentale. De l’amour vrai et total que les deux femmes ressentent l’une pour l’autre dans cette société de l’entre-deux-guerres encore très phallocrate, se dégagent une tendresse pour les femmes et une charge contre la pornographie. On retrouve comme dans d’autres films du réalisateur, le thème de l’enfermement, accompagné de tortures morales ou physiques, mais non sans un certain humour noir. C’est un monde étrange et fascinant, restitué par un conteur hors pair.

Jean Wilkowski