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Cinéma

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Magic in the Moonlight (Magie au clair de lune*)

(Etats Unis – 2014 - 1h37)

Réalisation : Allen Woody - Scénario Woody Allen - Image Darius Khondji - Montage Alisa Lepselter - Décors Anne Seibel - Accessoires Jille Azis - Costumes Sonia Grande - Distribution France : Mars Distribution.
Interprétation : Colin Firth (Stanley), Emma Stone (Sophie Baker), Simon McBurney (Howard Burkan), Eileen Atkins (tante Vanessa)
Auteur :

Woody Allen (Allen Stewart Konigsberg), dont le premier long métrage date de 1966 (Lily la tigresse, détourné d'un série B japonais), en est au cinquantième : depuis 2002, il ne tourne plus qu'un film par an... (derniers en date : Blue Jasmine, 2013 ; To Rome with Love, 2012 ; Minuit à Paris, 2011...)

Résumé :

Stanley, fameux illusionniste et acharné à débusquer les faussaires se prétendant vrais voyants, est appelé à l'aide par son vieux copain et confrère Howard pour démasquer Sophie en voie de mettre son emprise sur une riche famille de la Côte d'Azur. Bluffé par elle, il en tombe amoureux et voit ses certitudes vaciller.

Analyse :



Dans ce film sur l'illusionnisme, où le matamore Stanley se fait surprendre à son tour au point de renoncer publiquement au credo rationaliste sur lequel sa vie était bâtie, c'est le spectateur qui est la victime la plus astucieusement bernée par le vrai magicien de l'affaire, Woody Allen lui-même. Mais auparavant on aura, avec le héros, subi le charme de l'adorable Emma Stone et assisté avec stupéfaction aux révélations incroyablement exactes de cette sorcière à visage d'ange ; contre lui, on aura été irrité par son insupportable auto-satisfaction et son égocentrisme aveuglant ; et l'on aura avec elle souffert de la grossièreté du cuistre et de son incapacité à briser la croûte de son personnage pour laisser affleurer l'humain.

La fascination de Woody Allen pour la magie qu'il pratiquait enfant, pour l'entre-deux-guerres de Scott Fitzgerald, pour Nietzsche et la nécessité d'illusion, pour la musique dont il a truffé son film de morceaux classiques ou jazzy... tout cela a été mis au service d'une entourloupe à la gloire du rationalisme matérialiste pur et dur. L'art du réalisateur est d'avoir semé son histoire de nombreux indices révélateurs – les divinations très sélectives de la prophétesse, la naïveté improbable de la séance de table tournante, etc. – et de nous y avoir rendus aveugles, nous comme Stanley, par quelques astuces d'élémentaire psychologie, dont, par exemple, l'exaspérante suffisance de Stanley qui, opposée à la paisible modestie de Sophie, nous fait souhaiter l'échec du malotru.

Au plaisir d'un jeu d'acteurs brillants, parmi lesquels on goûtera la délicate saveur de l'insignifiante tante Vanessa, s'ajoute ainsi celui de se découvrir, en fin de projection, roulé dans la farine, et de devoir rendre les armes à un maître du troisième degré.

Jacques Vercueil